« L’art dans le jeu vidéo » : Le travail insoupçonné des artistes dans l'ombre

JEU VIDEO Une exposition à Paris met en lumière le travail des illustrateurs au début de la production d’une œuvre vidéoludique en présentant artworks et concept arts...

Joel Metreau

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Concept art du jeu vidéo Lancer le diaporama
Concept art du jeu vidéo — Quantic Dreams

Quand le joueur a le produit fini en main, au bout de la manette ou du clavier, il s’imagine rarement le travail énorme fourni par les artistes-illustrateurs. Avant que le jeu vidéo prenne vie, des centaines de dessins et croquis préparatoires sont créés. Près de 800 de ces œuvres qu’on appelle « concept arts » ou « artworks » sont présentés dans l’exposition « L’art dans le jeu vidéo » au musée Art Ludique (Paris 13e), à partir de ce vendredi jusqu’au 6 mars 2015.

Se projeter dans ce que sera le jeu

A quoi ça sert ? « Un jeu met au moins trois ans à se réaliser. Le concept art, c’est le raccourci qui nous permet de nous projeter dans ce que va être le jeu. Au départ, c’est rien que pour l’équipe de développement, c’est un peu égoïste », estime Michel Ancel, créateur de Rayman, qui montre les travaux préparatoires de son prochain jeu, WilD, se déroulant à une époque pré-celtique. Comme pour un film au cinéma, le jeu vidéo demande une phase de recherches dont les peintures et croquis sont le témoignage. Univers, décors, ambiances, personnages… Les artworks explorent tous ces éléments.

Concept art pour le jeu vidéo Remember Me. - Dontnod

 

« Ces visuels permettent d’expliquer le projet »

L’artwork a un aspect pratique : « Un petit studio ne peut pas tout financer lui-même, donc il va voir un éditeur, comme un producteur au cinéma, explique Jehanne Rousseau, présidente et cofondatrice du studio Spiders, qui emploie environ 35 personnes. Evidemment, on ne vient pas au rendez-vous avec le jeu terminé. Ces visuels permettent d’expliquer le projet. Plus tard en période de production, pour que les graphistes 3D puissent modéliser les personnages et les décors, on va rentrer dans le détail. Des centaines d’illustration vont permettre de donner les directives afin de rendre les éléments vivants. » Beaucoup d’éléments présents sur ces croquis préparatoires ne figureront d’ailleurs pas dans le jeu.

Concept art pour les Lapins Crétins. - Ubisoft

 

« Il existe aussi une réflexion sur les attitudes, les expressions, ce qui va aider les animateurs », poursuit Jehanne Rousseau. Sur un jeu vidéo, travaille rarement un seul illustrateur, mais plusieurs réunis sous un directeur artistique, garant de l’unité visuelle du jeu fini. « Ils travaillent avec le scénariste et le concepteur du jeu. Par exemple, en même temps que je raconte l’histoire d’un personnage, les artistes sont en train de faire des croquis, indique la PDG de Spiders. En tant que scénariste, c’est génial car on les voit prendre vie. » Ces illustrateurs viennent de différents milieux, parfois de la bande dessinée, à l’image du bédéaste Benoît Sokal, actuellement au développement de son jeu Syberia III.

Un concept art pour Syberia III. - Anuman

 

Aquarelle, peintures numériques, sculpture…

Ces concept arts se présentent sous la forme de croquis au crayon, d’œuvres à l’aquarelle, de peintures numériques réalisées à la tablette graphique. Des dessins, mais pas seulement, « ce peut être un texte ou un script, quelque chose de très simple qui va ouvrir l’imagination de l’équipe », précise Michel Ancel. De son côté, le studio lyonnais Arkane a fait appel à une sculptrice pour donner du volume aux personnages de Dishonored 2 aux traits marqués, presque caricaturaux. « Elle travaille avec les illustrateurs et graphistes, elle donne du volume à leur création, eux retouchent sur leur dessin », pointe le commissaire de l’exposition Jean-Jacques Launier, qui souhaite que l’exposition révèle les forces créatrices à l’origine d’un jeu. « Les studios de jeu vidéo sont un peu comme les ateliers de la Renaissance italienne, où plusieurs artistes se retrouvaient autour d’une grande œuvre, commente-t-il. Autrefois, les commanditaires étaient des rois, aujourd’hui, c’est le public. »