Rentrée littéraire: Trois premiers romans courts et percutants

LITTERATURE «20 Minutes» vous présente trois premiers romans parmi les 68 de cette rentrée littéraire…

Aurélie Delaunoy et Annabelle Laurent

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Trois premiers romans de la rentrée littéraire 2015.
Trois premiers romans de la rentrée littéraire 2015. — Belfond, éditions du Rouergue, Gallimard

Jeune auteur cherche lecteur curieux et fatigué du battage médiatique. Eclipsés par les têtes d’affiche de la rentrée littéraire, les primo-romanciers sont 68 cette année à tenter leur chance sur les tables des librairies. Leurs noms sont souvent inconnus, et face à un tel afflux de nouveautés, difficile de se faire une place… 20 Minutes vous conseille trois premiers romans percutants, qui ont pour point commun d’être courts et saisissants.

La petite barbare, Astrid Manfredi
Belfond, 15 euros.

La première phrase
«A l’isolement. Ç’a été leur dernière injonction et ils l’ont respectée.»

Le pitch
La petite barbare nous parle depuis sa cellule. Elle crie, plutôt, balance tout, crache sa rage. Son enfance, loin des gens «bien nés». Son adolescence à s’en rapprocher comme elle peut, sur les Champs-Elysées, dans les boîtes où «sapée comme une vedette» elle aimante les hommes, leur laisse tout faire d’elle, pour mieux leur voler leur fric. Mais elle s’ennuie: il lui en faut plus. «Il nous manque le sang», décrète le chef de gang. On connaît la suite, celle du fait divers qui a bouleversé la France il y a dix ans: un soir, elle joue l’appât, attire dans ses filets l’homme que son gang va torturer dans une cave pendant trois semaines. Et qu’elle va «laisser crever tout seul dans l’abattoir de béton au nom de rien».

L’auteur
Astrid Manfredi a créé le blog de chroniques littéraires Laisse parler les filles et intervient ponctuellement pour le Huffington Post. Repéré par les libraires, son premier roman s’est offert début septembre la visibilité rêvée de tout auteur : La Grande librairie de François Busnel sur France 5.

A lire si…
… vous voulez être remués par une écriture fougueuse et survoltée, qui alterne violence et tendresse, vulgarité et ode à Marguerite Duras. Et si vous n’avez pas peur d’être dérangés. La petite barbare a commis l’innommable mais réclame son droit à revivre. «La morale voudrait mes remords, mais rien à faire. C’est un mot que je ne comprends pas. Je paye, là, ça ne suffit pas?». A lire que vous ayez lu ou non Tout tout de suite, le roman-enquête glaçant de Morgan Sportès, ou 24 jours, le témoignage de la mère d’Ilan Halimi mis en mots par la romancière Emilie Frèche.


La maladroite, Alexandre Seurat
Editions du Rouergue, 13,80 euros.
La première phrase
«Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard.»

Le pitch
Roman choral, La Maladroite revient sur l’affaire Marina, du prénom de cette enfant de 8 ans tuée en 2009 par ses parents après une vie de maltraitances. Tour à tour, comme des témoins à la barre, ceux qui ont côtoyé la petite fille (qui se prénomme Diana dans le livre) racontent. Sa grand-mère, ses instituteurs… Tous se remémorent : ce qu’ils ont vu, ce qu’ils soupçonnaient alors. Et leurs difficultés face à un système judiciaire complexe. Peu à peu l’auteur plonge le lecteur dans un sentiment d’impuissance, l’emmenant vers une fin tragique déjà écrite.

L’auteur
Né en 1979, Alexandre Seurat est professeur de lettres à Angers. Pour son premier roman, il a été désigné «Talent à découvrir» par la chaîne de librairies Cultura et est arrivé finaliste du Prix Fnac 2015. Le projet de La Maladroite est né en lisant la presse, au moment de l’affaire Marina. «J’essaie de transmettre le choc que j’ai reçu en découvrant l’histoire», explique-t-il à Ouest France.

A lire si…
… vous avez le cœur bien accroché. Le roman est court mais vous n’en sortirez pas indemne. Car si Alexandre Seurat reste assez pudique, en filigrane les témoignages laissent imaginer le pire. Et renvoient systématiquement à cette question : pourquoi n’a-t-on pas pu sauver Marina ?

Daniel Avner a disparu, Elena Costa
Gallimard, 13,50 euros.
La première phrase «J’ai marché longtemps ce jour-là, à ne plus pouvoir sentir le sol sous mes pieds engourdis, avec la sensation étrange de revenir une quinzaine d’années en arrière, au point de départ».

Le pitch
Daniel était à quelques rues de chez lui le soir où ses parents et sa sœur ont été arrêtés, puis déportés. En 1946, l’année de ses 13 ans, son grand-père l’envoie chaque jour attendre devant Le Lutetia, en sachant bien que personne ne reviendra plus. Lui-même rendu fou par la douleur d’avoir perdu sa femme, son aïeul l’appelle le «Sonderkommando», le maltraite, et Daniel accepte tout, se prive de nourriture jusqu’à l’épuisement, persuadé d’avoir besoin d’éprouver physiquement la disparition de sa famille pour s’en rapprocher. Quatorze ans plus tard, de retour devant le Lutetia, Daniel rencontre Dora, auprès de laquelle il va tenter d’exister.

L’auteur
Elena Costa est née à Nancy en 1986.

A lire si…
… vous aviez oublié que l’hôtel de luxe du 6e arrondissement de Paris fut d’avril à août 1945 transformé en un centre d’accueil. C’est là que fut reçue une grande partie des rescapés des camps de concentration nazis. «Leur joie ne pouvait effacer l’angoisse des familles des milliers de disparus qui attendirent vainement les leurs en ces lieux», dit aujourd’hui la plaque apposée sur Le Lutetia. Sur une page de l’histoire connue, Elena Costa fait entendre de sa plume agitée une voix plus rarement entendue, celle de ceux qui sont restés.