«Metal Gear Solid V: The Phantom Pain» : Les adieux sublimes de Kojima à la saga d’infiltration

JEU VIDEO Généreux, spectaculaire et ambitieux, ce titre du japonais Hideo Kojima est sans doute l'un des meilleures de la franchise...

Joel Metreau
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Big Boss, héros de Metal Gear Solid 5
Big Boss, héros de Metal Gear Solid 5 — Konami Digital entertainment

« On n’habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c’est cela et rien d’autre. » C’est sur cette citation du philosophe roumain Emil Cioran que s’ouvre Metal Gear Solid 5 : The Phantom Pain. La langue que maîtrise le mieux le japonais Hideo Kojima, créateur de la saga, c’est le vocabulaire vidéoludique. Une langue avec laquelle il a exprimé son amour de la mise en scène, sa passion pour la géopolitique et son goût pour l’infiltration. Sa dernière œuvre, ambitieuse et généreuse, en témoigne.

Une gestation dans la douleur

Pour Hideo Kojima, l’accouchement du jeu s’est fait dans la douleur, à l’image de son début, où l’on se réveille sanglé sur un lit d’hôpital. Le créateur de cette franchise née en 1987 a fini par se brouiller avec son éditeur Konami, sur la fin du développement, pour des raisons de budget (plus de 80 millions de dollars). L’an passé, le prélude Metal Gear Solid V : Ground Zeroes avait offert un avant-goût de ce que donnerait un « Metal Gear Solid » en monde ouvert. Sa suite s’ouvre neuf ans plus tard, en 1984, dans une Afghanistan occupée par les Soviétiques.

Le cheval, idéal pour explorer l’Afghanistan dans Metal Gear Solid V. - konami

L’amour du drame

Avant d’arpenter la nature, on se lance dans un prologue long et terrifiant, qui témoigne de l’amour de Hideo Kojima pour la mise en scène. Peu d’interactivité, mais une ambiance crépusculaire, digne des meilleurs films d’horreur, dans un hôpital assailli par une armée anonyme. En arrière-fond flotte une reprise macabre de The Man who sold the world de David Bowie. Autre référence au chanteur glam-rock, l’armée militaire privée du héros, les Diamond Dogs. En incarnant leur chef, le joueur va traverser des paysages splendides comme ceux de l’Afghanistan qui défilent au travers de la porte d’un hélicoptère.

Un héros charismatique

Neuf ans dans le coma pour Big Boss, alias Venom Snake, que contrôle le joueur. Tout cabossé, une prothèse de bras au bout d’un moignon, ce soldat charismatique va partir en guerre contre une organisation militaire privée américaine Cipher. Avec l’aide de son ami Ocelot, il va gérer sa base, une plate-forme perdue dans les Seychelles, à partir de laquelle il mène à bien des missions d’expédition. Vos recrues vont s’abaisser sur votre passage, et vous remercier de les envoyer au sol en guise d’entraînement… Bien vu le choix de l’acteur américain Kiefer Sutherland (24 heures chrono) pour prêter sa voix à Big Boss… En revanche, on est beaucoup plus circonspect sur un des personnages majeurs féminins, dont l’hypersexualisation est bête à pleurer…

Big Boss et Ocelot, dans Metal Gear Solid V. - konami

L’Afghanistan en toute liberté

L’aride Afghanistan sert de principal théâtre des opérations (avant l’Afrique plus tard). Sa topographie sera explorée à dada sur un cheval. Mais rien n’interdit de dérober les véhicules des ennemis. Dans ce monde gigantesque, toutes les ressources, plantes, diamants et même animaux vont permettre de gagner en puissance. Aucune piste n’est à négliger. D’ailleurs, à la liberté de mouvement répond celle du scénario. On se régale de missions secondaires, par exemple pour enrôler un interprète pachtoune ou pour envoyer vers le ciel un « mouton perdu » grâce au système de ballon Fulton.

Le système d’extraction Fulton dans Metal Gear Solid V. - Konami

La maîtrise du style infiltration

Cette franchise basée sur l’action et l’infiltration permet de progresser comme un bourrin, mais c’est réduire très vite ses chances de survie. Aussi faut-il profiter de la nuit ou se faufiler en journée dans l’ombre jusqu’au soldat qu’on veut mettre hors d’état de nuire. Chaque lieu de mission s’approche à 360 degrés, d’où de multiples stratégies possibles. Petite nouveauté de cet opus : un mode réflexe, soit quelques secondes de ralenti pour cibler un ennemi, ce qui ajoute un effet spectaculaire. Mais le plus palpitant, c’est encore de se cacher sous une boîte en carton pour jouer de la surprise sur ses adversaires.

Le carton, un classique de la dissimulation dans Metal Gear Solid V. - konami

 

Metal Gear Solid V : The Phantom Pain, disponible sur consoles PS4, PS3, Xbox 360 et sur PC.