Le chat du Rabbin ressort les griffes

BD Le personnage le plus emblématique de l’œuvre de Joann Sfar est de retour…

Olivier Mimran
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Le chat du Rabbin (extrait)
Le chat du Rabbin (extrait) — Joann Sfar & éditions Dargaud 2015

Revoici donc le félin le plus docte d’Orient, dont on n’avait plus goûté les questionnements depuis près de neuf ans (dans Jérusalem d’Afrique, le cinquième tome de ses aventures). Joann Sfar, son créateur, déclarait pourtant à l’envi, alors que venait de sortir, en 2011, l’adaptation en dessin animé de sa série Le chat du Rabbin, qu’il en avait « définitivement fini avec ce personnage »… Son revirement a donc de quoi réjouir ses nombreux lecteurs ; et ses éditeurs, 950.000 exemplaires de la série ayant été vendus depuis ses débuts, en 2002.

« Le Chat est le symbole de ma vie conjugale »

Mais qu’est-ce qui a pu pousser ce prolifique créateur (il est cinéaste, auteur de BD et romancier) à convoquer de nouveau son illustre matou ? Joann Sfar s’est confié à 20 Minutes : « En fait, je me suis séparé, l’an dernier, d’avec mon épouse, ce qui m’a fait éprouver une vraie nostalgie de ce qui me manquait de ma famille… Or il se trouve que le Chat était un peu le symbole de ma vie conjugale puisqu’il nous a accompagnés, ma femme et moi, pendant très longtemps. Du coup, dès que je me suis retrouvé seul, il s’est remis à “me parler”. Pas de religion, ni de politique, mais de couple. » Avec suffisamment de conviction, semble-t-il, pour que l’artiste le remette en scène.

L’angoisse de la paternité

On retrouve donc le chat du rabbin dans Tu n’auras d’autre Dieu que moi, où il est confronté à une terrible nouvelle (du moins, pour lui) : sa maîtresse adorée, Zlabya, est enceinte ! Le félin est convaincu qu’une fois son bébé né, elle se désintéressera de lui. Mortifié, il décide de quitter le foyer… « Il a peur d’être “détrôné”, comme un amant, ou un enfant », précise Joann Sfar. « J’ai trouvé que c’était un bon angle pour mettre le doigt sur une angoisse que les hommes connaissent bien. Quand un enfant arrive dans un couple, ça bouleverse souvent beaucoup de choses. Ça veut surtout dire que le temps passe, et le chat n’ayant pas la même notion du temps que nous, il panique et part. »

Cliquez sur les planches pour les agrandir (© Joann Sfar & éd. Dargaud 2015)

Pas question, pour autant, que le Chat renonce aux interrogations existentielles qui sont sa marque de fabrique et qui ont fait son succès. Ici, elles lui seront suggérées par un rat rencontré au hasard de ses pérégrinations. « Ça m’a amusé d’opposer la connaissance du monde de cet animal de maison, familier de tout ce qui est agréable et joli, et celle d’un rat qu’il rencontre et qui, lui, fréquente plutôt l’envers du décor. Le rat révèle la réalité du monde au Chat, qui se trouve soudain épris de vérité. La trouvera-t-il ? ».

C’est reparti pour un tour !

 La fin de l’album, très ouverte, laisse supposer que d’autres albums pourraient suivre. Ce retour inattendu augurerait donc une « seconde vie » pour la série ? « Sans doute qu’il y aura d’autres albums », confirme Joann Sfar. « Mais je ne ferai plus de récits à suivre, uniquement des histoires qui se bouclent elles-mêmes. C’est vrai que cet album a rouvert des portes, au point que je suis en train d’écrire un autre Chat du rabbin qui, pour le coup, devrait être beaucoup plus politique, beaucoup plus provocant. Celui-ci est plus intime, il m’a permis de procéder à une sorte de renaissance ».

Le chat du rabbin t6 - Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi, de Joann Sfar - éd. Dargaud, 12,99 euros

De la fable à l'intime

Un autre livre de Joann Sfar, réalisé immédiatement après le Chat du rabbin 6, sortira à la mi-septembre. Mais J

e t’aime ma chatte s’inscrit dans une veine résolument plus intimiste : « Ça raconte moi qui pars huit jours en Italie avec une fille et... il ne se passe rien ! », révèle Sfar. « On a tous les deux envie de tomber amoureux l'un de l'autre, et ça ne marche pas. On découvre que l'amour vrai est très rare. Mais on passe quand même de bonnes vacances, hein ? (rires) Trève de plaisanterie, ça raconte la même chose que l'album du Chat du Rabbin puisque le sujet évoque aussi une certaine fragilité masculine, un désarroi. Cet état durant lequel on ressemble beaucoup aux filles, finalement, notamment dans nos doutes. J'en parle un peu avec gravité, mais jespère que c'est marrant (rires) ».

en vente le 16 septembre
Je t’aime ma chatte ("Les carnets de Joann Sfar"), de Joann Sfar - éd. Delcourt, 16,95 euros