Acheter de l'art sur le Web, une mode qui prend racine

ART L’art, dernière branche de l’industrie culturelle qui a tardé à avoir ses plateformes d’achat en ligne dédiées, n'est plus le parent pauvre de la toile. Bien au contraire...

Lea Chauvel-levy
— 
Visiteur tenant une oeuvre de Damien Hirst devant le travail de Sarah Morris .
Visiteur tenant une oeuvre de Damien Hirst devant le travail de Sarah Morris . — SOLENT NEWS/SIPA

On a longtemps pensé qu’une œuvre d’art était un produit culturel sacré, qui se regardait dans le blanc des yeux. En vrai, in real life. Et que l’acheter sur Internet relevait tout bonnement du sacrilège. C’est vrai que les œuvres d’art s’appréhendent en partie par le corps et que l’expérience en ligne pouvait faire peur et rendre les amateurs d’art et collectionneurs frileux. Le vent a bien tourné. 

Depuis les années 1990, les plateformes digitales font bouger les lignes. Et les chiffres sont éloquents, le marché mondial de l’art en ligne peut se targuer d’être passé d’un milliard de dollars l’année 2013 à 2,64 milliards de dollars en 2015. C’est un fait : « Les objets d’art sont désormais des actifs négociables en ligne », affirme Robert Read, à la tête du département Beaux-Arts au sein du mastodonte de l’assurance des Objets d’art Hiscox. Résultat ou cause, le modèle traditionnel de la galerie se fait quelque peu déloger et l’expérience physique de la vente n’est clairement plus le seul modèle dominant. Tour d’horizon de lieux 2.0 où l’art s’achète et se vend comme toute autre marchandise. Avec la dernière en date, la petite nouvelle Early Work qui entre dans la cour des grands.

Early work, le tremplin post-études

Avec une base line limpide « Meet Pablo before Picasso », Early Work, start-up française dont la version bêta a été lancée à l’été 2015, s’attache à dénicher les nouveaux artistes et à les propulser sur le marché de l’art alors qu’ils sont encore étudiants (ou tout jeunes diplômés d’écoles d’art). Cette nouvelle place de marché très ciblée est la bonne nouvelle de la rentrée pour les étudiants mais aussi les amateurs et collectionneurs d’art désireux d’acquérir une œuvre originale dont le prix, très bas, oscille entre 100 et 1.000 euros.

Retrouvez notre interview des fondateurs d'Early Work

Paddle 8, les enchères en ligne

On connaissait les Maisons de ventes telles que Drouot ou Christie’s. Paddle8 est le relais Internet qui manquait aux générations du tout Web. Elle ne représente évidemment pas la tête de marché (Sotheby’s créée au 18e siècle avec ses 213 millions d’euros), mais monte en flêche avec un argument de vente de poids : des commissions basses. Damien Hirst fait partie des investisseurs. C’est l’enchère au goût du 21e siècle, façon E-bay arty avec une augmentation de près de 150 % au cours de l’année 2014.

Artsper, frenchie en ascension 

En sélectionnant des galeries (et donc ses œuvres d’art), la jeune start-up française compte bien tenir un rôle de prescripteur. Le discours est clair : on peut à la fois admirer et acheter des créations sur Internet, tout est question de confiance en l’émetteur. Ici, en l’occurence Artsper affirme démocratiser l’art sans le brader, sans sacrifier ni beauté ni qualité. Depuis son lancement en 2013, le site affiche une bonne forme. Selon leurs informations, les ventes auraient été multipliées par trois en six mois. Work in progress.

Artsy, le pionnier

C’est le père spirituel de toutes ces plateformes de ventes en ligne d’art avec un système de recommandation puissant par algorithme. Son but ? : « rendre le monde de l’art entièrement accessible à toute personne disposant d’une connexion à Internet », explique Matthew Israel, directeur du projet. Gros vendeur d’art en ligne avec des volumes de ventes qui avoisinent les 900.000 dollars par semaine, il est américain, forcément.

Arnet, poids lourd, offre variée

Fondée en 1989, Arnet se présente comme un lieu privilégié pour l’achat, la vente mais aussi la recherche d’œuvres de Beaux-arts, d’objets de Design et d’Arts décoratifs. C’est donc aussi un outil aussi bien pour les collectionneurs que pour les amateurs d’art. 1.600 galeries, 170.000 œuvres d’art, 35.000 artistes, la société affiche une bonne santé : avec une première moitié de l’année à 9,4 millions de dollars en chiffre d’affaires.

Artprice, « c'est le moment pour vous d'acheter ! »

Moins gros qu’Arnet (3,3 millions de dollars pour les six premiers mois de cette année), Artprice est à la fois une banque de données (images, cotes, résultats d’adjudication) et une place de marché où accéder aux annonces de ventes en ligne d’œuvres. Son point fort, un système d’alerte qui permette d’acheter et de vendre au moment le plus profitable.

Artspace, sous l'aile des curateurs

Grand frère américain d’Arsper, sa mission est simple : rendre facile la découverte d’œuvres à travers le monde et (accessoirement) les acheter en ligne, tant qu’à faire avec des prix qui démarrent très bas, dès 200 dollars. Gage de qualité : les collections (en ligne) sont gérées directement par des commissaires, ce qui rassure davantage les primo acquéreurs.