Où en est la musique à l’heure du Web 2.0?

Propos recueillis par Alice Antheaume

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Borey Sok, auteur de "Musique 2.0"
Borey Sok, auteur de "Musique 2.0" — DR

Où en est la musique à l’heure du Web 2.0? Comment se vend-elle sur Internet? Borey Sok, auteur d’un blog et d'un livre («Musique 2.0», éd. Irma) sur la question, répond…

Renaud Donnedieu de Vabres a quitté le gouvernement en laissant en jachère le projet de loi
DADVSI en faveur des MTP (Mesures Techniques de Protection, version française des Digital Rights Management, DRM). Que va-t-il se passer maintenant?

La question n’est pas «que va faire le nouveau gouvernement?» mais «que vont faire les maisons de disques?». EMI a annoncé l’abandon des DRM sur iTunes, Amazon et autres, et a constaté que ce modèle était assez avantageux. Par ailleurs, tous les labels indépendants vendent sans DRM. Du coup, les majors commencent à le tester. Universal, par exemple, a lancé deux «live à l’Olympia» d’Emilie Simon, un avec DRM et un sans DRM. Si toutes les maisons de disques vont vers ce modèle sans DRM, la loi n’aura plus de raison d’exister.

Dans les magasins, les disques qui se vendent le mieux sont ceux de Diam’s, Christophe Willem, David Guetta. Or on retrouve ces mêmes artistes en tête des téléchargements sur iTunes. En matière de musique, le monde physique et le monde virtuel sont-ils les mêmes?

Diam’s et Christophe Willem bénéficient de la force des maisons de disques en matière de promotion, que ce soit sur le Net ou dans le monde réel. Les plates-formes musicales virtuelles ont intérêt à promouvoir les artistes qui vendent le plus, surtout quand elles ont des problèmes de rentabilité (comme Fnac ou Virgin).
Dans le monde physique, le volume des ventes se fait sur un nombre de références très limité, qui sont les tubes du moment. Alors que sur l’Internet, ça ne coûte rien de mettre un maximum de références en ligne, y compris des vieux titres et des marchés de niche. Même s’il n’y a que deux personnes qui achètent le morceau d’accordéon, au final, la somme de ces micro-ventes en ligne génère un volume d’affaires important. Mais c’est dommage, les plates-formes ne mettent pas assez en avant les titres plus rares de leur catalogue.

Les e-labels vont-ils remplacer les maisons de disques?

Les maisons de disques vont peut-être devenir des e-labels mais les artistes ne pourront pas se passer de structure. Leur métier, c’est de faire de l’art, pas de s’occuper de comptabilité ni d’administration. Jonathan Coulton, par exemple, s’est mis à la musique tout seul et réussit aujourd’hui à gagner entre 3.000 et 5.000 dollars par mois en vendant ses titres sur son site. Mais il est coincé une bonne partie de sa journée devant son écran à faire ce boulot, alors qu’il pourrait aller faire des concerts à l’extérieur. Bref, la promotion sur le Net a des limites.

Les places de concert atteignent des prix démesurés (jusqu’à 580 euros pour le concert de Barbra Streisand à Bercy). Qu’est-ce que cela signifie?

S’il y a des places à ce prix, c’est qu’il y a un public pour les acheter. Les gens sont de plus en plus réticents à acheter de la musique en magasin, mais ils sont prêts à aller à des concerts. Car le lien entre le public et l’artiste compte énormément. L’Internet joue de cette dimension d’attachement que n’ont pas compris les maisons de disques en érigeant leurs artistes sur un piédestal, en en faisant quelqu’un d’inatteignable. Regardez une artiste comme Terra Naomi. Elle s’est enregistrée devant sa webcam toutes les semaines et a fait une sorte de tournée virtuelle. Cela a fidélisé ceux qui étaient déjà conquis par son premier titre, puis elle a réussi à capitaliser ses fans en intégrant leurs images dans son clip. Résultat? Ses vidéos ont été vues plus de 800.000 fois.