Fin de «Largo Winch»: Pour Francq, Van Hamme «s'est fâché avec tous les dessinateurs avec lesquels il a collaboré»

INTERVIEw Égratigné par son scénariste, le dessinateur de Largo Winch s’explique…

Olivier Mimran

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Largo Winch
Largo Winch — J. Van Hamme, P. Francq & éd. Dupuis

À l’occasion de l’annonce de la fin de Largo Winch, l’une de ses séries les plus populaires, le scénariste belge Jean Van Hamme ne s’est pas montré très tendre à l’endroit de son collaborateur de toujours - et compatriote -, le dessinateur Philippe Francq. « Les atomes crochus entre Philippe et moi se sont décrochés », a ainsi déclaré Jean Van Hamme, avant de poursuivre : « J’ai du mal à continuer à m’entendre avec les personnes qui se prennent un peu la grosse tête ».
« 20 Minutes » a donc contacté Philippe Francq (qui a appris la nouvelle par un courrier que lui a adressé Van Hamme) afin que celui-ci nous livre sa propre version des faits.

Les attaques de Jean Van Hamme sont dures. En connaissez-vous la raison ?

Pas vraiment. Je sais qu’il me reproche d’avoir « la grosse tête », ce qui est assez paradoxal de la part de quelqu’un dont l’actualité professionnelle est aussi dense. Bref, je ne vois pas en quoi j’aurais pris la grosse tête ? Lui vit en pleine capitale belge alors que j’habite en province, où je me suis retiré pour pouvoir travailler loin de l’agitation du petit monde de la bande dessinée. Certes, j’interviens dans les médias quand un album sort, mais je n’ai rien d’un mondain ! Je le laisse donc seul responsable de ses propos.

Et vos atomes crochus qui seraient « décrochés » ?

Les différends qu’il évoque sont de son fait, pas du mien. Je n’ai absolument rien à reprocher à Jean, d’autant que c’est avec lui que j’ai réalisé mes meilleurs albums, que j’ai vécu mes plus belles années professionnelles (ndr : tous les deux travaillent sur Largo Winch de puis 1990). Son désaveu est unilatéral.

Sans langue de bois, vous avez bien une petite idée des causes profondes de ce désaveu ?

Bien sûr ! Mais… je pense qu’il y a certaines choses qui ne sont pas bonnes à étaler dans la presse (rires). Ce sont, finalement, de petits problèmes de cuisine intérieure. Je peux juste préciser que je me suis toujours evertué à entretenir de bonnes relations avec Jean, aussi je déplore le fait que ça me revienne dans la figure comme un boomerang.

Vous vous sentez victime d’une injustice ?

J’observe simplement que Jean a fini par se fâcher avec tous les dessinateurs avecs lesquels il a collaboré, et auxquels il doit une partie de son grand succès. Je suis juste le dernier en date (rires).

Vous êtes comme un vieux couple pris de lassitude, finalement ?

Oui, mais ça n’est pas moi qui vieillis, dans l’histoire (rires). Jean a 76 ans, mais certains accusent mieux l’âge que d’autres. Comme Jean d’Ormesson, par exemple, dont j’admire énormément l’énergie et l’optimisme qu’il dégage encore.

Pensez-vous que Jean Van Hamme soit las de la bande dessinée ?

Il ne le dit pas dans ces termes, mais je pense qu’il est effectivement fatigué. Pas moi, donc je continuerai à travailler sur Largo Winch.

Le personnage ne lui appartient pas ?

En bande dessinée, non. Il l’a créé pour une suite romanesque, mais lorsque nous avons commencé à l’adapter en BD, nous avons signé une convention qui stipule que si l’un d’entre nous s’arrête, l’autre peut continuer. Dès lors, deux solutions s’offrent à moi : écrire et dessiner seul ou collaborer avec un ou plusieurs scénaristes… éventuellement quelqu’un qui ne soit pas issu du monde de la bande dessinée car à ma connaissance, aucun professionnel du 9ème Art n’a les qualités pour reprendre ce titre. Enfin, c’est un constat tout à fait subjectif, hein.

Le tome 20 sort toujours à la fin de l’année ?

Oui, je suis en train d’en terminer le dessin. Rendez-vous pour le tome 21 - en 2017 puisque nous avons pris l’habitude de sortir un album tous les 15 mois - mais sans Jean cette fois-ci…