«Les Américains sont demandeurs d’images montrant le vrai quotidien des Irakiens»

INTERVIEW Michael Dibenedetto est le producteur américain de «Hometown Bagdad», un vidéoblog qui raconte le quotidien de trois jeunes Bagdadis...

Propos recueillis par Mohamed Najmi

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Michael Di Benedetto est le responsable américain de «Hometown Bagdad», un vidéoblog qui dévoile le quotidien de trois jeunes Bagdadis, Adel, Ausama et Saif. Pendant 38 épisodes, ils filment et parlent de leur quotidien, loin des images apocalyptiques des JT. Le directeur de “Chat the planet” - Faire parler la planète – revient sur les coulisses de ce projet, dont le dernier webisode est diffusé le mardi 19 juin...

Pourquoi avoir choisi Adel, Ausama et Saïf pour parler d’un autre Irak?
Cela fait des années qu’avec “Chat the Planet” nous essayons de créer, sur l’Internet, des espaces de dialogues entre de jeunes Américains et des jeunes d’autres pays. En 2004, sur MTV, il y a eu une rencontre avec nos collègues irakiens. C’est là qu’on a parlé du projet. On voulait évoquer le quotidien des jeunes Irakiens. Et ce sont les équipes de Fady Hadid (NDLR: le responsable irakien de l’émission) qui ont effectué le casting parmi 65 postulants.

Les trois garçons viennent de milieux aisées. Ce n’est pas un problème pour parler du vrai Irak?
C’est vrai, on n’a pas de jeunes issus des milieux défavorisés. Le casting a été fait via un réseau car on ne pouvait pas aller dans tous les quartiers de Bagdad et coller des affiches qui appelaient à venir participer à un film qui allaient être diffusé dans le monde occidental. Cela aurait été trop dangereux. Pour revenir aux trois garçons, ils sont tous issus de familles de la classe moyenne irakienne. Mais on ne peut pas dire qu’ils sont des classes supérieures irakiennes.

Et il n’y a pas de fille dans le casting...

Evidemment, nous aurions voulu avoir une fille parmi les sélectionnés. Avant de clore le casting, nous en avions deux prêtes à filmer et à montrer leur vie à Bagdad. Mais la veille, elles se sont désistées, toutes les deux. L’une venait de perdre son oncle dans un attentat et sa famille a pris peur devant de possibles représailles. L’autre est mariée à un journaliste et a finalement refusé de participer au vidéoblog.

Que sont devenus les trois héros de «Hometown Bagdad»?
Ausama continue ses études de médecine dans le Kurdistan irakien, au nord. Saif est maintenant en Jordanie où il recherche du travail. Il a réussi à valider ses diplômes de dentiste mais il n’a pas encore trouvé. Adel termine ses examens à Bagdad. Et il devrait partir aussi... Ces trois jeunes ne sont pas les seuls à partir. Depuis le début de la guerre, deux millions de personnes se sont exilées (1): l’Irak perd sa population la plus jeune et la plus diplômée.

Comment a été reçu ce vidéoblog aux Etats-Unis?
Très bien. Les Américains sont demandeurs d’images montrant le vrai quotidien des Irakiens. Jusqu’à présent, nous n’avions accès à la réalité irakienne qu’à travers les grands médias. Avec, toujours, les mêmes images d’attentats. Mais voulions montrer que les Irakiens sont des gens qui ont des vies, des projets, des sentiments et des rêves.

Pensez vous que les vidéoblog comme «Hometown Bagdad» peuvent influer sur les élections américaines de 2008?
Oui, certainement, l’Internet va peser. Mais dès le départ, nous n’avions pas pour objectif d’utiliser le film à des fins politiques. Jamais. L’idée, c’est de donner la paroles aux Irakiens, qu’ils nous parlent d’eux.

A quand un vidéoblog sur l'Afghanistan?
(Rires) Nous y pensons vraiment. Mais il faut le temps de nouer des contacts.

(1) 1,2 million d'Irakiens se sont réfugiés en Syrie et la Jordanie héberge 750 000 personnes (Chiffre de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés).