«Les artistes des années 1980's osaient beaucoup plus que ceux d'aujourd’hui»

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La chanteuse Yelle
La chanteuse Yelle — DR


Difficile d’imaginer que la jeune chanteuse qui défend son album avec sa voix fluette, un rien juvénile, est celle qui défie de front Cuizinier, chanteur du groupe TTC, dans sa chanson «Je veux te voir»:


Des années 1980’s à Timbaland

«Ce titre a été catalogué féministe, soupire Yelle. Au départ, il s’agit juste d’une réponse à un rappeur macho, les mots crûs que j’utilise sont une façon de me mettre sur son terrain de jeu.» A l’arrivée, un tube électro aux sonorités hip hop, composé par le talentueux DJ GrandMarnier, qui devient la carte de visite de Yelle, Julie Budet de son vrai nom.

«Nous avons balancé la chanson sur MySpace , en 2005, avec d’autres titres, explique-t-elle en arrangeant sa longue frange. Rapidement, les connections ont explosé.»

Les sollicitations pleuvent et Source etc. la débauche pour signer l’album «Pop up», prévu pour le 3 septembre, dont les sonorités électro s’inspirent directement du son des années 1980’s. «Nous voulions un album dansant, avec un côté débridé, qui donne envie de se trémousser dans sa chambre en s’éclatant, revendique-t-elle. Les artistes des années 1980’s osaient beaucoup plus que ceux d’aujourd’hui où la varièt’ prend le dessus.» Ses influences hétéroclites («Lio, Alain Chamfort, Timbaland, Prince, Cyndi Lauper etc.) donnent un album étonnant. Avec cette envie de gros son, exploité à fond dans «Je veux te voir» et la reprise réussie d’«A cause des garçons», pour «envoyer» lors des concerts.

Un live façon set de DJ

Une nouvelle artiste estampillée «découverte MySpace» est née. «Nous ne cherchions pas à nous faire connaître par ce biais mais à tenir informés nos proches de notre travail. Pour percer, on envisageait le cursus normal d’un groupe qui démarre, c’est-à-dire peaufiner son projet musical, se préparer à la scène et démarcher des maisons disques. Finalement, nous avons tout fait à l’envers», dit-elle en riant.

La voici parachutée de Saint-Julien, village de 2000 habitants près de Saint-Brieuc (Côtes d’Armor) à la scène parisienne. Elle donne son premier concert dans le temple hype de Paris. «Nous ne savions pas à quoi nous attendre, d’autant que nous étions dans un des fiefs de TTC, s’amuse-t-elle aujourd’hui. Au final, tout s’est très bien passé et j’ai vraiment pris mon pied.» La scène reste pour elle le summum de cet art. «J’aime beaucoup le rythme de notre live, qui ressemble d’avantage à un set de DJ qu’à un concert: pas de blanc entre les morceaux et beaucoup d’énergie.»

Pas de star attitude pour celle que les médias définissent comme une «hypeuse». Une étiquette qu’elle réfute: «Etre branché sous-entend un risque d’être un jour has been.» Pour cette entrevue dans les locaux de Source etc., elle a d’ailleurs troqué ses collants fluo pour un sage pantalon noir.

D’Internet, elle garde le goût du contact avec ses premiers fans. «Je réponds à tous les messages lorsque j’ai le temps», jure-t-elle. Et s’autorise quelques téléchargements pour «découvrir un artiste» mais assure avoir gardé le réflexe d’acheter ses albums coup de cœur. Elle porte néanmoins un regard fataliste sur l’évolution du métier: «Je sais que je ne gagnerais pas ma vie avec mes albums.»

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Sandrine Cochard
Ses envies du moment:
Musique: «My moon, my man» (Feist)
Ciné: «Zodiac»
Livre: «La fabrication d’un mensonge» (Audrey Diwan
Web: le blog fluokids
TV: «Desperate Housewives»