Jimmy Page (Led Zeppelin) : «Je peux désormais me lancer dans un projet basé sur la guitare»

INTERVIEW Le célèbre guitariste vient de terminer de remasteriser l’œuvre complète de son groupe mythique…

Anaëlle Grondin

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Le guitariste et fondateur de Led Zeppelin, Jimmy Page, à Londres en février 2015.
Le guitariste et fondateur de Led Zeppelin, Jimmy Page, à Londres en février 2015. — Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

Un travail colossal de plusieurs années. Après s’être attelé à la remasterisation des six premiers albums studio de Led Zeppelin, son guitariste légendaire Jimmy Page vient de terminer de rééditer Presence, In Through The Out Door et Coda, les trois derniers. Ces nouvelles versions seront disponibles à partir du 31 juillet. De passage à Paris la semaine dernière, le (très humble) musicien virtuose sacré troisième meilleur guitariste rock de tous les temps par le magazine Rolling Stone a accordé une interview à 20 Minutes.

Pourquoi était-ce si important pour vous de remasteriser les albums de Led Zeppelin ?

En écoutant des versions MP3 de titres de Led Zeppelin, je me suis rendu compte qu’ils ne sonnaient pas comme je les avais enregistrés à l’époque. J’avais l’impression qu’il manquait des instruments. Je voulais que le public retrouve la qualité et les détails des enregistrements originaux dans tous les formats existants (vinyle, CD et numérique). C’était un projet imposant car je ne voulais pas juste proposer de nouvelles versions des albums en y ajoutant un ou deux titres bonus, mais présenter une vision globale de l’univers studio des neuf albums de Led Zeppelin. Nous avons à présent un volume d’enregistrements studio multiplié par deux.  Les versions proposées sur les disques compagnons sont différentes des versions originales. J’ai dû réécouter des centaines d’heures d’enregistrements pour sélectionner ces prises alternatives. 

« Led Zeppelin IV » est souvent cité comme votre meilleur album. Mais vous, de quel album êtes-vous le plus fier ?

Led Zeppelin I. C’était un album avant-gardiste et radical qui allait changer beaucoup de choses pour les groupes qui allaient suivre, mais aussi sur la manière d’enregistrer, de structurer, d’écouter la musique et de donner de l’importance à la batterie. On peut entendre tout ça dès le premier titre de l’album, Good Times Bad Times. A partir de là, le reste de la discographie voit le groupe grandir sans cesse.

Vous souvenez-vous de votre première séance d’enregistrement avec Robert Plant, John Bonham et John Paul Jones ?

Absolument. C’était aux studios Olympic à Londres en septembre 1968. Je savais que nous tenions quelque chose de très bon et j’avais plein d’idées. Peu de temps auparavant, nous avions répété chez moi, puis nous sommes partis faire une tournée en Scandinavie avant d’entrer en studio. Tout ça s’est fait en quelques semaines à peine. John Paul Jones et moi étions musiciens de studio. Robert avait déjà sorti un disque solo et j’ignorais si John Bonham avait déjà enregistré de manière professionnelle. Led Zeppelin lui a donné l’occasion de jouer de la batterie comme John Bonham ! C’était électrique. Chacun a donné le meilleur de lui-même et cette séance d’enregistrement n’était pas du tout laborieuse, mais, au contraire, d’une efficacité redoutable.

Vous avez publié un album solo en 1988, « Outrider ». Avez-vous l’intention d’en enregistrer un autre ?

Il est temps de refaire quelque chose (rires) ! J’ai été très impliqué dans ce projet de rééditions et quand je m’attelle à une tâche, je deviens obsessionnel. Je peux désormais me lancer dans un projet basé sur la guitare qui fera très probablement l’objet d’un enregistrement.

Robert Plant refuse de reformer Led Zeppelin. Pourrait-il changer d’avis ?

Non, je ne crois pas. On n’a fait qu’un seul concert de reformation à l’O2 de Londres en 2007. J’aurais aimé en faire d’autres, mais je suis très content qu’il en reste une trace avec le DVD de Celebration Day, car il montre comment nous sommes capables de jouer aujourd’hui tout en conservant l’esprit de ce que nous faisions dans les années 1960 et 1970.

Que ressentez-vous lorsque vous entendez une chanson de Led Zeppelin à la radio 40 ans après ?

Je sais que Stairway to Heaven et Kashmir sont souvent diffusés à travers le monde aujourd’hui. Je suis toujours un peu surpris quand j’entends nos chansons à la radio. A l’époque, Led Zeppelin ne passait pas beaucoup à la radio en Angleterre. Aux Etats-Unis, on passait seulement sur les stations FM underground. Led Zeppelin n’enregistrait pas de singles mais des albums.

Est-ce qu’il y a des artistes actuels que vous admirez ?

En ce moment, j’aime beaucoup la ténacité et la vision de Jack White, qui ne déçoit jamais. Les Royal Blood aussi ont l’étincelle. Je m’intéresse à toutes les musiques basées sur des riffs et ils sont très bons dans ce domaine-là.