Streaming: De Thom Yorke à Taylor Swift, l’armée de résistance

CULTURE Alors que Taylor Swift vient de réussir à faire plier Apple Music, tour d’horizon des principales figures de l’opposition aux services de streaming... 

Annabelle Laurent

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Jay-Z, Thom Yorke et Taylor Swift.
Jay-Z, Thom Yorke et Taylor Swift. — Brian Rasic / Rex Featu/REX SIPANY/SIPA

Elle se plaint, et Apple l’écoute. Un tel pouvoir n’est pas donné à tout le monde. Alors que Taylor Swift a réussi à contraindre Apple Music à revoir la rémunération des artistes, une partie de la scène musicale se mobilise depuis plusieurs années pour contrer, non sans peine, l’avancée du streaming, tandis que l’autre partie - plus fournie du côté des chanteurs moins connus - s’en accommode.

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Chez les grands noms, il y a ceux qui ont longtemps résisté, et ont fini par flancher. Pour Spotify: Bob Dylan, Metallica ou Pink Floyd. Ceux qui n’ont jamais accepté d’y être, comme AC/DC ou Led Zeppelin, sans plus d’explications. Et ceux qui ont pris la tête de la résistance, poing levé. Petite revue des troupes avec six figures majeures.

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Taylor Swift, la chef de guerre

La pop star a réussi à faire plier Apple: à la suite de son coup de gueule sur Tumblr, l’entreprise annonçait dimanche qu’Apple Music versera une rémunération aux artistes même durant la période gratuite d’essai pour les abonnés. De quoi rappeler le coup d'éclat de Taylor Swift en novembre dernier: alors reine des ventes avec son album 1989, la chanteuse avait fait sensation en retirant l’intégralité de sa musique de Spotify, qui lui avait répondu avec une playlist de suppliques pour la récupérer. Taylor Swift n’avait rien voulu entendre: «Je ne veux pas perpétuer l’idée que la musique n’a pas de valeur et devrait être gratuite», insistait-elle auprès de Yahoo.

The Black Keys, les pionniers

Les Black Keys furent parmi les premiers à s’opposer à Spotify, et à retirer leur musique du service de streaming. Dès 2011, le batteur Patrick Carney expliquait à VH1 pourquoi les fans du groupe ne trouveraient pas l’album El Camino sur Spotify: «Pour les groupes inconnus et les petits groupes, c’est une très bonne chose d’y être. Pour un groupe qui gagne sa vie en vendant de la musique, les revenus du streaming ne sont pas encore acceptables.»

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Thom Yorke, l’enragé (et le poète)

Thom Yorke est en première ligne du front anti-streaming depuis son coup de gueule en juillet 2013, quand il retirait de Spotify son premier album solo, The Eraser, ainsi que les chansons de son groupe Atoms for Peace, son projet avec le producteur Nigel Godrich. Il lançait alors sur Twitter: «Ne vous y trompez pas, les nouveaux artistes que vous découvrez sur Spotify ne seront pas payés. Pendant ce temps-là, les actionnaires rouleront bientôt sur l’or.»

Quelques mois plus tard, il s’en expliquait à nouveau en qualifiant Spotify, avec beaucoup de poésie, de «dernier pet désespéré d’un corps mourant», avant de faire paraître un an plus tard, en septembre 2014, son nouvel album Tomorrow’s Modern Boxes sur BitTorrent, royaume du téléchargement illégal (en peer-to-peer), mais au prix de 6 dollars. Un test pour «redonner un peu du contrôle du commerce sur Internet à ceux qui créent les œuvres», déclarait-il. En revanche, si vous pouvez encore écouter en boucle OK Computer, c’est que Thom Yorke n’en a pas le contrôle.

Jay Z, le franc-tireur

Le 30 mars dernier, Jay-Z a lancé son propre site de streaming, Tidal, pour tenter de conquérir le marché face aux géants comme Apple. C’est un flop, le site peine à rameuter les foules, mais Jay-Z ne désarme pas et y croit dur comme fer. L’un des objectifs de Tidal est de rétablir l’équilibre entre pourcentage des ventes perçues par les artistes et les intermédiaires, et Jay-Z a insisté sur le fait que «Tidal paye des droits d’auteur à hauteur de 75 % pour TOUS les artistes, compositeurs et producteurs, pas seulement aux membres fondateurs».

Björk, la pro-modèle Netflix

En mars dernier, Björk sortait Vulnicura. Impossible de le trouver sur Spotify. Dans les colonnes du magazine Fast Company, elle s’en expliquait simplement: «Je ne sais pas pourquoi, mais ça me paraît insensé. Travailler sur quelque chose pendant deux ou trois ans, et puis, "oh, c’est là, gratuitement". Ce n’est pas une question d’argent, c’est une histoire de respect, vous savez. Pour l’art, pour la quantité de travail fourni.» Björk, jamais avare de bonnes idées, imagine un modèle Netflix. «Vous allez d’abord voir le film au cinéma, et après quelque temps, il arrive sur Netflix. Peut-être que c’est ce qu’il faudrait faire avec le streaming. L’album est d’abord dans les bacs, et ce n’est qu’ensuite qu’il serait disponible en streaming.»

David Byrne (Talking Heads), l’infiltré

Même si la majorité de son catalogue reste disponible sur Spotify, David Byrne, l’ancien leader des Talking Heads, est convaincu de l’injustice du streaming depuis des années, comme il s'en expliquait en 2013 dans cette tribune du Guardian. Le 8 mai dernier, le chanteur concrétisait un peu plus son combat, en rejoignant le comité de direction de l’organisme américain de collecte des droits d’auteur SoundExchange. Il promettait alors qu’il utiliserait sa position pour se battre pour la juste rémunération des artistes et «la valeur sur le long terme de leur musique».