Alastair Reynolds: «Je voulais imaginer un futur dominé par l’Afrique»

RENCONTRE Rencontre avec l'un des écrivains de science-fiction les plus talentueux, ancien astrophysicien, dont «La Terre bleue de nos souvenirs» vient de sortir en France...

Joel Metreau
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Alastair Reynolds, en mai 2015, à Paris.
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Alastair Reynolds, en mai 2015, à Paris. — J. Metreau / 20 Minutes

C’est l’une des sommités britanniques de la science-fiction contemporaine. Et pourtant avec son cursus d’astrophysicien et son ancien emploi à l’Agence spatiale européenne (ESA), Alastair Reynolds a bel et bien les pieds sur terre.

En novembre dernier, il avait été convié à la conférence de presse de l’ESA pour donner son avis sur l’atterrissage du robot Philae sur la comète Tchouri. Ce Gallois de 49 ans raconte à 20 Minutes : « Pour l’occasion, des Polonais avaient réalisé un film de science-fiction, avec Aiden Gillen, l’acteur de Game of Thrones. Certaines idées sont issues de mon roman House of Suns. Ça m’a fait plaisir. »



Si Alastair Reynolds désespère de voir Mars colonisé de son vivant, il se console « en regardant la Station spatiale internationale qui passe souvent au-dessus de chez [lui] » et se réjouit de voir les images de Pluton envoyées actuellement par la sonde New Horizons.

Sa dernière trilogie, Les Enfants de Poséidon, dont le premier tome La Terre bleue de nos souvenirs (Bragelonne, 25€) sort ce 24 juin, se déroule d’ailleurs à l’intérieur des limites du système solaire, après qu’il a planté les romans de son fameux Cycle des Inhibiteurs loin dans la galaxie. « Je voulais retourner aux racines de la colonisation spatiale, explique-t-il. Je voulais aussi imaginer un futur dominé par l’Afrique et raconter la saga d’une puissante famille africaine. »

Ecouter de la kora sur la Lune

Au XXIIe siècle, après le réchauffement climatique, les Chinois ont fait fortune en érigeant des murs maritimes contre la montée des océans, en Afrique, la famille Akinya s’est enrichie en ceinturant le Sahara de panneaux solaires propres à dispenser de l’énergie pour toute la planète. Et voilà comment Geoffrey, le héros de ce roman intense et bourré d’idées, peut écouter du Toumani Diabaté, l’immense musicien malien de kora, sur la Lune…

En fan de rock progressif, Alastair Reynolds, parsème aussi des paroles de King Crimson ou de Yes dans ses romans. « La science-fiction devient de moins en moins occidentalo-centrée, note-t-il. Voyez comment une économie peut se redresser pour permettre au pays de devenir un acteur majeur sur le marché global : Singapour ou l’Inde, devenue championne de high-tech… » Il renvoie au blog AfroCyberPunk du jeune ghanéen Jonathan Dotse.

Une vue d’artiste d’un astéroïde de la ceinture de Kuiper, qu’approchera la sonde New Horizons. - NASA/ESA/G. Bacon (STScI)/Rex Features

« La science, c’est magnifique ! C’est la vérité »

Réflexe de sa carrière passée, cet écrivain marié à une Française note sur un tableau blanc la structure de son récit. « Quand j’étais un scientifique, c’était la manière dont je résolvais les problèmes », confie-t-il. La crédibilité de l’astrophysique reste sa priorité. « La science, c’est magnifique ! C’est la vérité. J’adore m’amuser à l’intérieur des contraintes de la science. On me reproche de ne pas écrire sur des voyages plus rapides que la lumière. Mais ce n’est pas possible, il suffit d’avoir étudié Einstein ! »

Le décollage de la fusée portant la sonde New Horizons, à Cap Canaveral, en 2006. - TERRY RENNA/AP/SIPA

 

C’est ainsi qu’il qualifie le film Interstellar d'« ambitieux, mais imparfait. Cette planète où le temps passe plus vite, ce n’est pas possible. Nolan l’a imaginée juste pour le ressort dramatique. » Il s’agace davantage de la mainmise cette année de la mainmise d’un groupuscule réactionnaire sur les prix Hugo, qui récompensent la crème de la science-fiction. « Des catholiques, des mormons… La science-fiction a toujours admis une variété de croyances sous un même toit, à part les extrémistes. Mais le contenu de la SF doit davantage refléter le monde dans lequel on vit. » Des Noirs, des gays, des femmes… Alastair Reynolds veut ouvrir à tous et en grand la porte du futur.