Elie Semoun au «Marrakech du Rire»: «Les humoristes sont aussi là pour crever l'abcès»

HUMOUR Présent à la toute première édition « test » du festival en 2010, l’humoriste renouvelle l’expérience pour son plus grand plaisir…

Propos recueillis par Clio Weickert

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Elie Semoun à la conférence du
Elie Semoun à la conférence du — C.WEICKERT

De notre envoyée spéciale à Marrakech

On ne présente plus Elie Semoun, ses petites annonces et sa célèbre « Miqueline », gravées dans les annales de l’humour hexagonal. Proche de Jamel Debouzze, l’humoriste a répondu présent à cette 5e édition du « Marrakech du rire », auquel il tient tout particulièrement. Lors de la conférence marathon avant le gala de cloture ce samedi soir, 20 Minutes l’a rencontré.

Qu’a de particulier ce festival pour vous ?

Tout d’abord parce que j’ai des origines marocaines par mon père. Toute la famille vient de Taza, et en fait la famille Debbouze vient aussi du même village ! Le grand-père Debbouze a peut-être croisé le grand-père Semoun il y a des années ! J’ai donc un attachement avec le Maroc. C’est un mélange affectif et professionnel.

C’est important de vous adresser à ce public marocain ?

Hier j’ai fait mon sketch sur un conseil municipal face au Front national. Donc forcément les mecs sont racistes et mon personnage parle très très mal des arabes. Tout le monde était mort de rire. Les gens font preuve d’une grande tolérance. Jamel m’a dit qu’il y avait eu aussi un gala arabophone lors du Marrakech du Rire il y a quelques jours, et ils parlent de la religion, de l’homosexualité… Des sujets tabous ici.

Vous pensez qu’on a tendance à se mettre trop de barrières dans le domaine de l’humour actuellement ?

Oui c’est fou, on est en 2015 bordel ! On dirait qu’il y a une sorte de morale débile qui est en train de s’installer. Dernièrement, j’ai dit une phrase sur les trisomiques chez Cyril Hanouna sur D8, je me suis fait défoncer par plein de gens sur Internet ! Le fait de devoir m’expliquer sur une vanne comme ça, j’hallucine. Il y a quelques années avec Dieudonné, on avait quand même une affiche où moi j’étais déguisé en SS et lui en mec du Ku Kux Klan. A l’époque, personne ne nous a parlé de cette affiche. Les gens trouvaient ça drôle et c’est tout. Aujourd’hui, dans mon spectacle, je n’ai que des sujets tabous ! Un pédophile qui revient de Thaïlande, un djihadiste qui s’engage sur Internet et qui pense que ça va être le club Med alors qu’il va se faire défoncer, un handicapé qui drague sur Skype…

Ça vous plaît justement de traiter ce genre de sujets sensibles ?

Oui car j’ai retrouvé, d’après ce qu’on m’a dit, l’esprit qu’on avait avec Dieudonné, à l’époque. On était saignant, on ne s’interdisait rien du tout. Je suis très content car les réactions des gens sont très positives, on m’en parle comme on ne l’a jamais fait pour un de mes spectacles. J’ai dépassé ce stade de la peur.

Dans une interview, vous avez justement confié être blessé et choqué par le climat raciste en France…

Oui, j’ai dit que je sentais beaucoup de racisme et je ne crois pas être fou, il y en a, vraiment. Pareil, sur Internet, on m’a dit « non la France n’est pas raciste, et si tu n’es pas content, tu retournes dans ton pays ! ». Incroyable. Mais je me sens quand même libre en France, je l’adore. J’espère que c’est juste un mauvais passage… En général les temps de crise sont liés à des temps d’intolérance. Et je ne vais pas étouffer mon inspiration à cause de ça. J’ai un peu vacillé à un moment mais après je me suis dit « il faut y aller ». Le climat peut-être anxiogène mais les humoristes sont aussi là pour crever l’abcès.