«L'arabe du futur» tome 2: Riad Sattouf a grandi et retourne à l’école de sa vie

BD L’auteur franco-syrien publie le second volume de son autobiographie multi récompensée…

Olivier Mimran

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Riad Sattouf et son incarnation graphique
Riad Sattouf et son incarnation graphique — Photo ® O. Marty

Modeste de nature, Riad Sattouf n’imaginait certainement pas l’immense succès qui attendait L’Arabe du futur, dont le premier tome est sorti il y a un an. Ce roman graphique relatant la jeunesse de l’auteur au Moyen-Orient a en effet rapidement annihilé toute concurrence : traduit en 15 langues (il est l’un des cinq livres français les plus exportés en 2014) et vendu à près de 250.000 exemplaires – ce qui est faramineux en matière de bande dessinée —, ce premier volume d’une trilogie annoncée truste toujours, 39 semaines après l’avoir intégré, le classement des meilleures ventes de BD en france (actuellement 12e selon livreshebdo.fr) !

Lire l’interview de Riad Sattouf à propos du tome 1

Il faut dire que L’Arabe du futur t.1 a su toucher le public (le bouche-à-oreille a manifestement fonctionné) comme la critique. Il a d’ailleurs reçu le prix RTL BD de l’année 2014, le Prix BD Stas/Ville de Saint-Etienne 2014 et le Fauve d’Or (Prix du Meilleur Album du Festival international de la Bande Dessinée d’Angoulême) 2015.

C’est donc gonflé par cette reconnaissance unanime que l’auteur de BD/cinéaste publie la suite de ses « (mes) aventures » juvéniles au Moyen-Orient. Plus précisément, dans ce volume, en Syrie (Riad Sattouf est né d’un père syrien et d’une mère française), dans un petit village proche de Homs. Le petit Riad entre enfin à l’école… mais quelle école ! L’institutrice, adepte des cruels « coups de règle sur les mains », y terrorise littéralement ses élèves ! Le blondinet, bien décidé à devenir un vrai petit Syrien, s’accroche dans son apprentissage de l’arabe parlé et écrit. Et heureusement, après l’école, il y a, comme pour tous les enfants du monde, les jeux et « expéditions » avec les copains – des cousins, en l’occurrence…

Si Riad Sattouf n’avait évoqué que « des souvenirs de sensations » dans le 1er tome, ceux relatés ici semblent bien plus consistants. « C’est parce que les souvenirs d’enfance ont cela de bien étrange qu’ils sont souvent des "souvenirs monde " », confirme l’auteur. « Ils contiennent de nombreuses informations, visuelles ou sensorielles, qu’on peut retourner explorer… Je pense que ces voyages incessants entre la France et le Moyen-Orient ont dû entretenir dans ma tête les neurones qui comportaient ces souvenirs ? Je crois que l’absence de routine, à cette époque, a fait aussi qu’il se passait toujours quelque chose de nouveau, que les expériences étaient inédites donc aisément différenciables dans le fil de la mémoire. »

Outre les (nombreuses) scènes relatives à sa scolarité, on suit Riad dans sa découverte de la Syrie dictatoriale d’Hafez Al-Assad, avec sa misère, omniprésente, et ses merveilles, notamment archéologiques. Comme le site – à la triste actualité — de Palmyre, par exemple, qu’il visite en compagnie de ses parents et un oncle général.


À ce titre, L’arabe du futur revêt une indéniable valeur documentaire. « Mais la Syrie que j’ai connue n’a rien à voir avec la Syrie "moderne" – disons celle d’avant la guerre — et n’a plus rien à voir avec la Syrie actuelle, précise Riad Sattouf. J’ai écrit ce livre l’année dernière et Palmyre n’était pas encore au centre de l’actualité. En tout cas, je pense que l’émoi international autour de Palmyre est une insulte supplémentaire aux centaines de milliers de morts syriens qui n’ont pas eu droit aux mêmes émotions internationales. »

Si elle s’appuie sur un instantané géopolitique (1984-1985), ça n’est que le décor de tribulations finalement très rigolotes et universelles, malgré leur « exotisme ». Lequel exotisme a certainement concouru au succès du 1er tome, selon Riad Sattouf : « Ces pays et la façon dont on y vivait étaient très méconnus. Énormément de gens ne savaient absolument pas que l’Egypte ou la Tunisie étaient dirigées par des dictateurs quand ils y allaient en vacances, avant les révolutions. Cela me semble incroyable mais je crois que c’est le cas : les gens ne savaient pas ou refusaient de trop s’y intéresser. C’est en train de changer. »

>> Lire le premier chapitre du tome 1

Aussi marrant et captivant – donc indispensable — que son prédécesseur, ce volume, très attendu, devrait s’arracher dès sa sortie. Ce qui serait légitime, tant les indéniables talents de conteur de Riad Sattouf fédèrent bien au-delà du cercle restreint des amateurs de bande dessinée ; et ça n’est pas parce qu’il est aussi récemment devenu un cinéaste qui compte (Les beaux gosses, Jacky au royaume des filles) : « Je rencontre souvent des lecteurs ou spectateurs qui ne font pas le lien entre mes deux activités. Mais cela m’importe peu : je reste dissimulé derrière ce que je fais et cela me convient très bien. »

« L’Arabe du futur t2 - Une jeunesse au Moyen-Orient (1984-1985) », de Riad Sattouf - Allary Éditions, 20,90 euros

En librairie le 11 juin 2015