Muse: « Vous pouvez interpréter "Drones" comme un pamphlet »

INTERVIEW Matthew Bellamy et Chris Wolstenholme, le chanteur et le bassiste du groupe de rock britannique, reviennent sur « Drones », septième album de Muse sorti ce lundi…

Anaëlle Grondin

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Le groupe de rock britannique Muse.
Le groupe de rock britannique Muse. — Danny Clinch

Après trois ans d’absence dans les bacs, Muse est de retour avec un opéra rock épique aux guitares rugissantes. En douze titres, le nouvel album du trio, Drones, retrace l’aliénation d’un soldat contraint à tuer qui finit par retrouver un semblant d’humanité et par se révolter pour retrouver sa liberté. Ce conte apocalyptique signe un retour aux sources musical pour Muse. Son chanteur, Matthew Bellamy, et son bassiste, Chris Wolstenholme, en disent plus à 20 Minutes.

Comment est né « Drones » ?

Chris Wolstenholme : Matt y pensait déjà pendant la dernière tournée, il avait bricolé un petit studio dans sa loge. Il avait déjà quelques idées, avant qu’on commence à y travailler en mai 2014.

Matthew Bellamy : J’ai lu un livre qui s’appelle Predators : The CIA’s Drone War on al Qaeda écrit par un journaliste au sujet des drones militaires utilisés par la CIA au Pakistan. Ce que j’ai lu m’a choqué. Je ne savais pas que ces engins étaient si utilisés et à quel point les erreurs étaient fréquentes. J’ai commencé à réfléchir au rôle des technologies. J’ai aussi lu un livre comparant les psychopathes à des machines, incapables de ressentir quelque chose pour autrui. La société dans laquelle nous vivons récompense ce genre de personnes et je pense que cela vient de l’influence des technologies.

La surveillance et le contrôle des masses, l’aliénation… Vous avez à travers « Drones » une vision très pessimiste de notre société et de l’avenir…

Chris : Un peu, oui. Je regarde comment mes enfants fonctionnent, comment ils interagissent avec les autres. La technologie a pris le dessus. Je constate une aliénation sociale. Les émotions n’ont plus leur place dans les échanges. On perd tout sens de l’empathie. Je me demande comment cela sera dans vingt ans. Si ça se trouve on sera relié à des ordinateurs qui nous nourriront et on n’aura plus besoin de bouger.

Matt : L’album est très sombre et négatif au départ mais il a un message positif au final. Le personnage retrouve son côté humain et la force de lutter.

Ce disque est-il un message adressé aux gouvernements ?

Matt : Un peu. La musique c’est beaucoup de fun, de divertissement, de rock, mais c’est important d’avoir un message fort.

Chris : L’album est plus une métaphore pour montrer à quel point nous sommes contrôlés, prisonniers de la société. Vous pouvez l’interpréter comme un pamphlet, mais ce n’est pas aussi direct que ça.

Ce nouvel album est très rock. Vous avez abandonné le dubstep parce que personne n’arrivait à s’y faire ?

Matt : (Rires) On avait produit les deux albums précédents [The Resistance et The 2nd Law] nous-mêmes. Nous avions surtout passé du temps à expérimenter de nouvelles choses avec du matériel électronique. On revient à des choses plus humaines, avec nos instruments. Ça va avec le concept de l’album axé sur la paranoïa vis-à-vis de la technologie.

Chris : Avec Drones on a essayé de concentrer notre énergie sur du rock, plus comme à nos débuts.

Vous allez faire plusieurs festivals cet été avant une nouvelle tournée. Que nous réservez-vous sur scène cette fois ?

Chris : On va jouer cinq ou six nouveaux titres en festival. Pour ce qui est de la tournée, le concept du nouvel album nous donne énormément de possibilités. Ce serait génial d’avoir des drones.

Matt : La scénographie sera plus simple et plus rock en festival. Ensuite on va faire des salles fermées. Je veux des machines volantes. En stade, c’est difficile à cause de la législation. On ne peut pas le faire, surtout au-dessus d’une foule. En salle on pourra avoir des harnais de sécurité accrochés au plafond. Ça devrait être encore plus spectaculaire que les shows précédents.