Alpha Blondy: «Je suis connu pour mes prises de position politiques dans mes textes»

INTERVIEW Le chanteur, auteur de l'album «Positive Energy» sorti mi-mai, se lance dans une série de concerts à travers la France dont il donne le coup d'envoi à Paris ce jeudi... 

Propos recueillis par Dolores Bakela

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Le reggaeman Alpha Blondy
Le reggaeman Alpha Blondy — Roch Armando

Alpha Blondy a sorti son nouvel album Positive Energy mi-mai. Le vétéran ivorien du reggae africain de 62 ans se lance dans une tournée française tout l'été et a parlé de ce nouvel opus, où il est question d'amour et d'engagement, avec 20 Minutes . 

Pourquoi avoir sorti un album avec autant de featurings ?

C’est vrai qu’il y a beaucoup de duos ! Ce sont des artistes que j’aime comme le Jamaïcain Tarrus Riley, Jacob Desvarieux de Kassav ou encore Pierrette Adams, la sœur talentueuse du Congo. Je suis heureux que le Tunisien Nawfel, Issam qui est marocain ou encore mon compatriote Ismaël Isaac avec sa voix qui donne des frissons chantent sur le titre Allah Tano, dédié à ma grand-mère. 

Est-ce une manière de célébrer le melting-pot musical afro ?

Je n’y avais pas pensé comme ça. Ma démarche s’inscrit plus dans une volonté de solidarité inter-musiciens. Je voulais collaborer avec des artistes que j’ai rencontrés au cours de mes voyages et concerts aux quatre coins du monde ou qu’on m’a fait découvrir.

Vous avez baptisé l’un de vos titres Macloclo Maclacla ? Que signifie cette expression ?

C’est une expression qu’on utilise chez les Baoulés, ethnie à laquelle j’appartiens. La locution complète est « Ce qui a tué Macloclo tuera Maclacla » qui veut dire que l’on répète sans cesse les mêmes erreurs.

Vous y attaquez durement la communauté internationale et L’Union africaine...

Quand vous voyez que 80 % des présidents qui siègent à L’Union africaine [l’organisation regroupant des pays africains oeuvrant pour la promotion des droits de l’homme et la démocratie] sont arrivés de manière anti-démocratique, comment voulez-vous qu’ils la fassent avancer en Afrique ? Ils sont redevables à la France, aux Etats-Unis ; ils ne peuvent pas parler du continent sincèrement. Comment expliquer que suite aux naufrages des Africains, ce soient les Européens qui se réunissent ? Ils attendent la voix de leur maître ; ils me font honte.

Vous dressez ce constat suite aux mouvements citoyens du Burkina Faso, notamment ?

Je suis connu pour mes prises de position politiques dans mes textes. L’Union africaine tient debout grâce à l’Union européenne et je n’ai pas peur de le dire. Se taire, c’est être complice.

Dans Madiba, vous rendez un hommage à Nelson Mandela.

Je n’ai pas écrit la chanson mais c’est un très beau poème de Virginie Fayolle, avec qui j’ai fait l’émission Le Paris des arts. Je suis noir, africain ; c’est normal que je chante Mandela. J’ai trouvé que c’était un symbole intéressant que ce soit un regard occidental qui se pose sur le président.

A qui s’adresse la chanson Une petite larme m’a trahi ?

A tous les amoureux, aux machos, à ceux qui roulent des mécaniques. Ça m’est arrivé de pleurer mais en cachette, il ne faut pas exagérer ! En amour, on peut s’humilier sans en avoir honte, mais il faut mettre de côté sa fierté.

Vous avez aussi une station de radio en Côte d’Ivoire, où vous résidez...

Oui, c’est Alpha Blondy FM, 97.9 FM, la fréquence pour dire je t’aime ! C’est un projet que j’ai depuis vingt ans. Je suis allé acheter des albums en Turquie, on m’a envoyé de la musique marocaine, de Corée du Sud, du Brésil ; je passe la musique du monde entier. J’ai une équipe de jeunes qui travaille pour moi, ça crée de l’emploi et ils se débrouillent bien.