Médine: «Pour certains, le simple fait que je sois rappeur, musulman, engagé est une provocation»

MUSIQUE Sorti sans prévenir lundi 25 mai, «Démineur», le nouvel album de Médine, marque un nouveau tournant dans la carrière du rappeur controversé... 

Dolores Bakela

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Le rappeur du Havre  Médine est le premier artiste français à avoir sorti son album par surprise sur les plateformes de téléchargement légal le 25 mai 2015
Le rappeur du Havre Médine est le premier artiste français à avoir sorti son album par surprise sur les plateformes de téléchargement légal le 25 mai 2015 — Koria

Assainir le débat public, c’est la mission qu’il se donne. Médine a intitulé son album Démineur, parce qu’il manipule des sujets explosifs. « Parfois cela m’explose au visage, mais je tiens à rendre le terrain praticable pour tous », explique le rappeur havrais de 32 ans à 20Minutes. Ce nouvel opus exclusivement digital sorti lundi 25 mai sans annonce préalable à la manière de Beyoncé ou Kendrick Lamar est 5e du top des albums téléchargés.

Ce mini album marque une nouvelle étape dans la vie artistique de Médine, un retour à l’indépendance, après une collaboration avec le label Because, terminée sans heurts. Il revient à un son et des textes plus « hardcores », comme à ses débuts il y a dix ans. L’artiste, qui avoue avoir l’obsession de « parler aux jeunes générations » a mis de la trap dans son rap, la musique hip-hop saccadée du moment, à l’image du single Reboot.

Don't Laik, le titre mal-aimé

« Cela m’intéresse de parler aux jeunes esprits en construction avec des outils qu’ils comprennent », ceux-là même à qui il dédie le très sensible et bien écrit Ali X, portrait du rappeur Kery James et hommage à Malcolm X et Mohammed Ali, pour que les plus jeunes connaissent les grands du rap. Même la provocation, qu’il avait dit avoir abandonné, refait surface. « Pour certains, le simple fait que je sois rappeur, musulman est une provocation », constate Médine.

Parmi les titres présents sur l’opus, Don’t Laïk, sorti en début d’année, avait créé la polémique, titre où il dénonçait la « laïcité dévoyée » selon lui par Nadine Morano ou encore Jean-François Copé, ou Alain Finkielkraut. Dans Reboot, on entend la voix de l’éditorialiste critiquer le rap. « J’ai assisté à sa conférence ‘Islam et modernité’, où je l’ai trouvé médiocre et complaisant. Il est parti au moment des questions, ce qui est une belle métaphore de ce que je perçois de lui, quelqu’un qui n’accepte pas le débat contradictoire », résume le rappeur, qui pense que le rencontrer n’engendrerait qu’un « dialogue de sourds ».

#Faigafatwa, contre «l’intégriste religieux, le laxiste politique et le pseudo-dissident du fond des chichas»

On est bien loin de l’image du « marketeur du djihad » comme l’avait défini le journal Marianne, « qui a compris que taper sur la communauté musulmane lui permettait de vendre du papier ». Et le rappeur d’affirmer continuer à ne pas être tendre avec l’hebdo à l'avenir. « Ma force c’est mon intransigeance envers ceux qui se stigmatisent eux-mêmes et ceux qui stigmatisent. On oublie volontairement que je suis intransigeant avec les deux », rappelle-t-il lorsqu’on évoque le titre #Faigafatwa, commencé avant les attaques contre Charlie Hebdo.

«J’étais en deuil avec les concitoyens de ma localité. Le lendemain du drame a été très clivant, entre les complotistes, ceux qui en ont profité pour taper encore plus sur les musulmans, les religieux extrémistes, décrypte Médine. Les attentats ont renforcé mes attaques dans ce texte contre l’intégriste religieux, le laxiste politique et le pseudo- dissident du fond des chichas.» Démineur lui a été «inspiré par Edwy Plenel et Tariq Ramadan qui, selon lui, ont défriché le terrain et ont fait cause commune pour le vivre ensemble ». Médine veut «marcher sur leurs traces», lui qui avoue avoir du chemin à faire et ne se souhaite qu’une chose : « Garder ma liberté intellectuelle. On n’arrive pas à me classifier et j’en suis fier.»