Fleur Pellerin saisit la justice au sujet des notes de taxis de l'ex-PDG de l'Ina

JUSTICE La ministre de la Culture tente de désamorcer la polémique…  

A.D. avec AFP

— 

La ministre de la Culture Fleur Pellerin dans son ministère, le 9 avril 2015
La ministre de la Culture Fleur Pellerin dans son ministère, le 9 avril 2015 — Bertrand Guay AFP

Une façon de désamorcer la polémique. La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a transmis à la justice le dossier concernant les frais de taxi de l’ex-présidente de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) Agnès Saal, déclare-t-elle dans un entretien au Parisien ce mardi.

Une décision qui fait suite au dépôt de plainte d’Anticor

« J’ai en effet saisi […] le procureur de la République de Créteil, sur la base de l’article 40 du Code de procédure pénale, en vertu duquel tout agent public ayant eu connaissance d’un délit doit le signaler à la justice », précise la ministre. « Notre lettre de transmission comporte des éléments sur les frais de déplacement. »

La décision intervient après l’annonce vendredi du dépôt de plainte contre X au parquet de Créteil par l’association Anticor pour « détournement de fonds publics » visant les dépenses de taxi de l’ex-présidente de l’INA Agnès Saal, et pour « favoritisme » concernant les contrats passés par Mathieu Gallet, actuel patron de Radio France, à l’époque où il présidait l’institut public.

« Mon seul souci, c’est l’exemplarité »

Regrettant que la ministre de la Culture n’ait pas saisi la justice, alors qu’Agnès Saal a été réintégrée au sein du ministère, en tant que chargée de mission, « on voit bien qu’il y a une certaine acceptation des institutions pour dire que la gabegie financière est tolérable. On porte plainte pour alerter les services publics de leur responsabilité », avait lancé vendredi, Jérôme Karsenti, avocat d’Anticor, association qui lutte contre la corruption.

Le ministère de la Culture travaille « sur un document qui rappelle les règles d’exemplarité des dirigeants ». En ce qui concerne l’affaire Agnès Saal, la ministre dit vouloir « agir avec sérénité » et ajoute : « Mon seul souci, c’est l’exemplarité ». « De tels comportements ne sont pas acceptables », souligne-t-elle encore.

« Une enquête administrative est en cours »

La ministre a expliqué sa volonté de la réintégrer au ministère : « Il y avait deux solutions. Ou bien la suspendre – en ce en ce cas, l’agent concerné reste chez lui tout en gardant ses droits, revenus inclus – ou lui donner une tâche ». La deuxième option a été choisie, malgré la polémique qu’elle a suscitée.

Fleur Pellerin souligne également qu’une enquête administrative est en cours concernant Agnès Saal, « l’échelle des sanctions, dans ce cas, varie du blâme ou de l’avertissement, jusqu’à la radiation de la fonction publique ».

Le soutien inattendu de la CGT

L’ancienne présidente de l’INA se voit étrangement soutenue par la CGT-Culture, qui a publié selon Le Parisien, un communiqué interne au ministère, qui souligne qu’Agnès Saal « a remboursé les frais qui n’étaient pas liés à son activité professionnelle et a démissionné de ses fonctions ». Le syndicat dénonce un « véritable lynchage médiatique à l’œuvre ».

Les avocats d’Agnès Saal font aussi valoir qu’elle a remboursé 15.940 euros de frais de déplacement, dont 6.700 euros de « dépenses imputables à son fils » et 5.840 euros de « déplacements de nature privée ».

Nommée à la tête de l’Ina en 2014, Agnès Saal a été poussée à la démission fin avril après avoir été épinglée pour avoir dépensé plus de 40.000 euros de taxis en dix mois, dont 6.700 euros par son fils qui disposait de son code de réservation auprès de la compagnie G7.

Elle avait été nommée en remplacement de Mathieu Gallet, nommé à la tête de Radio France, et également visé par Anticor pour des contrats passés sous sa présidence de l’Institut national de l’audiovisuel entre 2010 et 2014.