Robin Hobb: La grande dame de la fantasy dit avoir encore «cent projets d'histoires»

LITTERATURE Grâce à la finesse psychologique de ses personnages et à l'ampleur de ses intrigues, Robin Hobb a conquis un public largement au-delà des fans de la fantasy. Rencontre avec une auteure impériale...

Joel Metreau

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Robin Hobb, en conférence à Londres, en août 2014. Lancer le diaporama
Robin Hobb, en conférence à Londres, en août 2014. — Tolga Akmen/REX/REX/SIPA

Ses romans contiennent des aventures grandioses à cheval sur plusieurs contrées imaginaires. Son compte Instagram reflète des photos de poules, de chatons ou de chiens… Soit les habitants de la ferme minuscule qu'elle avait achetée 3 500 dollars à Roy, dans l’Etat de Washington, avec ses premières avances sur recettes sur un livre. Elle se présente à vous avant de s’asseoir : « Margaret Ogden ». Mais c’est sous le pseudonyme de Robin Hobb que cette native de la Californie est devenue l’un des noms les plus adulés de la fantasy contemporaine.

4 millions de livres écoulés en France

Son succès (4 millions de livres vendus en France), cette femme précise et posée le doit d’abord à la saga L’Assassin royal, dont le quinzième volume, La Fille de l’Assassin, est sorti chez Pygmalion. Robin Hobb avait délaissé cette épopée pendant dix ans. « J’ai au moins 100 projets d’histoires dans un fichier sur mon ordinateur, raconte-t-elle à 20 Minutes. Un livre me demande un an d’écriture, j’ai 63 ans, il me faut distinguer celles qui plaisent davantage. Leurs personnages se manifestent dans mon esprit, sautillent en s’écriant : "choisis-moi, choisis-moi !" » Robin Hobb n’abandonne pas ses personnages, elle les laisse « dormir », mais ne s’arrête jamais d’écrire.

Son héros fétiche FitzChevalerie Loinvoyant

« J’écris tout le temps, même en voyage, un court passage, j’ai besoin de garder la tête dans l’histoire. Si je la quitte pendant deux semaines, j’aurais besoin de tout relire. » Une habitude prise lorsqu’elle élevait ses trois enfants : « Je m’asseyais pour écrire sur le sol de la salle de bains pendant que les enfants étaient dans la baignoire. Puis j’écrivais la suite le lendemain au jardin d’enfants, pendant qu’ils jouaient à la balançoire. » A côté des bacs à sable, ont jailli châteaux et citadelles, aventuriers de la mer et son héros fétiche FitzChevalerie Loinvoyant.

Encensée par George R.R. Martin

George R.R. Martin, autre auteur phare de l’éditeur français Pygmalion, lui tresse des lauriers idéaux pour les quatrièmes de couverture : « Actuellement, dans le marché bondé de la fantasy, les livres de Robin Hobb sont comme des diamants dans une mer de zircons. » Martin et elle se connaissent depuis des siècles. Elle n’a pas regardé la série Game of Thrones, pour conserver sa propre vision des protagonistes. Quand des lecteurs trans la remercient d’avoir imaginé le Fou, comme un personnage sans genre masculin ni féminin, elle confie : « Ça me surprend toujours de recevoir des lettres de lecteurs me parlant de leur expérience avec mon livre. Le lecteur apporte presque autant à l’histoire que l’écrivain. » Ses doigts fins soulèvent la nouvelle édition française du Soldat chamane (Père Castor-Flammarion, 14,90€), ses yeux se plissent en inspectant le héros dessiné en couverture : « Ah tiens, je ne le voyais pas comme un Amérindien. »

Robin Hobb, en août 2014, à Reading, en Grande-Bretagne. - Geoffrey Swaine/REX/REX/SIPA

 

Robin Hobb nous embarque dans des histoires fantastiques où la magie tient une place raisonnable. « C’est comme craquer une allumette et la voir s’enflammer. Je ne sais pas comment ça marche, mais c’est de la magie quotidienne qu’on accepte. » Elle appelle à « la suspension consentie de l’incrédulité. Il faut abandonner son scepticisme pour entrer dans la fantasy. » Esclavage, racisme, pouvoir… La fantasy doit permettre d’aborder ces questions sereinement « puisqu’on ne peut pas s’identifier dans un monde imaginaire ».

Elle ne s’intéresse pas vraiment au projet d’adaptation en films ou séries de ses romans. Alors, on lui suggère d’écrire pour le jeu vidéo, après tout son œuvre est assez riche pour fournir la même matière que le Polonais Andrzej Sapkowski au chef-d’œuvre The Witcher 3. « J’ai passé du temps sur Baldur’s Gate à sa sortie et là un peu Minecraft. Mais non, je ne veux pas, je suis égoïste, je veux que l’histoire aille vers où je décide. » C’est le succès de son règne, une autorité dans la douceur.

Triple actualité pour Robin Hobb en France

Pygmalion continue d'éditer les cycles de l'Assassin royal. Après La Fille de l'Assassin, le seizième tome des aventures de FitzChevalerie est attendu pour janvier prochain. De son côté Flammarion sort dans une édition jeunesse illustrée La Déchirure, soit le premier volume du cycle Le Soldat Chamane. Enfin, les éditions J'ai Lu publient en poche l'intégrale des trois premiers romans des Aventuriers de la mer.