Joann Sfar fait son après-Charlie

BD L’auteur de BD et réalisateur s’emploie à digérer les attentats de Charlie Hebdo dans des carnets «intimes»...

Olivier Mimran
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Joann Sfar, en mai 2011.
Joann Sfar, en mai 2011. — BALTEL/SIPA

« Je me suis dit qu’avec un titre aussi con, j’allais attirer du monde », confesse Joann Sfar dans l’avant-propos de Si Dieu existe, un recueil de billets qu’il a publiés sur le Huffington Post après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de Vincennes. Une déclaration d’une franchise si confondante qu’elle pourrait prêter à confusion. Mais qui connaît l’homme et son œuvre comprend sa véritable intention : en étalant publiquement ses réflexions, l’auteur du Chat du rabbin n’aspire finalement qu’à exprimer le profond désarroi que ces terribles événements ont suscité individuellement et collectivement.

Un auteur « en vrac et paumé »

Bon, on peut toujours trouver déroutant – voire irritant — ce grand déballage parfois égotiste, dans lequel se côtoient réflexions à vocation universelle et états d’âmes. C’est pourtant cet aspect foutraque, intellectuellement « éparpillé », qui fait le talent, unique, de cet artiste éminemment solaire. Et qui touche au plus profond. « Je ne fais pas la leçon », se défend d’ailleurs Joann Sfar, « Je suis en vrac et paumé, comme vous, j’imagine… ».

Kalachnikov versus pinceaux

Compilant croquis, planches et textes plus ou moins longs, Si Dieu existe ne parle, finalement, pas vraiment de Dieu au sens biblique du terme. Plutôt d’un Dieu qui serait l’homme lui-même, ou plutôt ce que l’homme fait de lui-même. Le mois dernier, lors d’une interview consacrée à l’un de ses précédents bouquins, Joann Sfar, évoquant rapidement l’attentat contre Charlie hebdo, déclarait d’ailleurs à 20 Minutes qu’il s’était (re) posé la question « d’un Dieu qui permettrait de facilement savoir tuer à la Kalachnikov, et qui imposerait des années de travail à quiconque souhaiterait apprendre à dessiner ».

A relire : notre dernier entretien avec Joann Sfar

Une émotion sincère

Plus que l’étalage de méditations larmoyantes dont certains l’accusent, Si Dieu existe est peut-être l’un des livres les plus sincères, donc les plus puissants, que Joann Sfar ait produits ces dernières années. Et si la naïveté de certains de ses propos ou l’apparente impudicité de billets dans lesquels il se met en scène vous rebutent, passez outre pour ne retenir que l’essence de son message, à savoir l’émotion qui le submerge et l’interroge : « Le 7 janvier au soir, je me suis senti aussi mal que le jour où j’ai perdu ma maman », nous confiait-il, le mois dernier, dans un soupir. Un aveu bouleversant, et dont la sincérité transpire dans chacune des pages de ses carnets.

« (Carnets de Joann Sfar) Si Dieu existe », de Joann Sfar - éditions Delcourt, 16,95 euros