Laurent Garnier: «Pour "La Home Box", j'ai fabriqué un album à l'envers»

TECHNO A l'occasion de la sortie ce lundi de son album «La Home Box», «20 Minutes» a rencontré le DJ et musicien électro, pionnier de la techno en France...

Propos recueillis par Joel Metreau

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Laurent Garnier en 2015. Lancer le diaporama
Laurent Garnier en 2015. — Richard Bellia

Bientôt 50 ans et Laurent Garnier continue de multiplier les projets. Son autobiographie Electrochoc vient de sortir en anglais, et il s’apprête à réaliser un film librement inspiré de ce livre. En 2014, il a livré cinq maxis sur cinq labels différents. Ce lundi, sort La Home Box, un album réjouissant et éclectique, tiré de cette expérience. Rencontre avec un homme débordant d’enthousiasme.

Comment avez-vous choisi les titres pour votre album ?

Quand je rentre en studio en me disant que j’ai deux mois pour faire un album, je me sens enfermé. Donc, j’ai fabriqué un album à l’envers. J’ai fait des maxis, avec des identités et des sonorités différentes. Et là, j’ai pris ce qui me plaisait.

Vous êtes également en train de préparer un film à partir de votre livre Electrochoc, pourquoi le réaliser ?

Ça fait sept ans que je travaille sur ce projet. Au fur et à mesure que j’ai rencontré des gens, la production m’a convaincu d’écrire et de réaliser le film. C’est du travail, et moi je suis un barjot du travail ! J’ai commencé à travailler le scénario avec Raphaëlle Desplechin. Quant à la réalisation, je me sens très en confiance grâce aux gens avec qui je suis.

Serez-vous fidèle au livre ?

Pas vraiment, on est sur une fiction totale, ce n’est pas un film sur la techno. Je veux pouvoir me distancer de ce que j’ai écrit dans le livre, peut-être pour arriver à des choses plus personnelles. On suit le parcours d’un mec qui va devenir DJ et qui est un fanatique de musique. Cela dit, on va essayer d’avoir des scènes de club, qui ressemblent à ce que j’ai vécu. Et musicalement, je suis très fidèle aux périodes qu’on va traverser. On y entendra de la musique classique comme de la techno de Detroit. On va avoir un bon moment sur 1988-1989, avec l’arrivée de la house music.

 

Laurent Garnier lors de la nuit électro SFR, à Paris en 2010. - COLLOT/SIPA

 

Un film sur la passion de la musique alors ?

Pas seulement. La vision du DJ, chez tout le monde, c’est quelque chose de très brillant. Les gens pensent que le DJ la nuit c’est champagne et nanas, un truc glamour et funky. Mais ce qui est le plus intéressant c’est la solitude du DJ. Cela fait deux ans et demi par exemple que je pars seul sur la route.

Chez vous cette passion passe par la composition. Et l’écoute ?

Énormément, des heures par jour. Si tu n’es plus à l’écoute, tu es fini. Je reçois plus de deux cents choses par jour. Et puis après, je vais chercher. Ce qui est fou dans la musique, c’est qu’on a beau gratter la surface, il y a un toujours un trou béant de choses qu’on ne connaît pas, dans tous les styles. Un jour on m’avait envoyé un remix de Kylie Minogue. Ce disque repassait sans arrêt sous la pile et puis j’ai fini par l’écouter. C’est un remix jamais sorti, sans sa voix, et c’était formidable. Je l’ai joué énormément après. Ça m’a appris une grande leçon. J’aurais dû l’écouter. Depuis, j’essaie d’écouter le plus de choses possibles.

Laurent Garnier, entre Michel Drucker et Elli Medeiros, lors des Victoires de la musique en 1998. - NIVIERE/SIPA

Etes-vous nostalgique du disque vinyle ?

Pas du tout, l’objet me plaît, mais je vais le digitaliser pour le jouer. Le contenu, c’est quand même plus important que l’emballage. De toute façon, j’ai trouvé l’outil qui me plaît le plus pour jouer comme DJ, c’est la clé USB.

Quand vous mixez, regardez-vous votre public ?

C’est mon travail ! Oui, à chaque morceau. Et s’il y en a un qui fait foncièrement la gueule sur mille, ça peut arriver, ça te pourrit la nuit. J’ai l’impression que c’est de ma faute. La piste de danse m’indique où je peux aller ou pas. En tant que DJ, on se doit de lire la piste, c’est une relation amoureuse et une question de partage.

Pourquoi avez-vous collaboré à la bande originale de qu’Allah bénisse la France d’Abd-Al Malik ?

C’est un homme qui est foncièrement bon. On se connaît depuis longtemps. Et là, j’ai produit tout son prochain album. Il a utilisé quelques-uns de mes instrumentaux pour son film Qu’Allah bénisse la France, que j’ai beaucoup aimé.