Denis Podalydès: «Jouer est un besoin, mais j'essaie de diminuer la quantité de projets»

THEATRE L'hyperactif metteur en scène présente « La Mort de Tintagiles », du dramaturge belge Maurice Maeterlinck, au « Théâtre des Bouffes du Nord » à Paris, jusqu’au 28 mai…

Clio Weickert

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Denis Podalydès
Denis Podalydès — EricDESSONS/JDD/SIPA

Théâtre, cinéma, télévision, littérature… Denis Podalydès est un touche-à-tout. Actuellement, il met en scène La Mort de Tintagiles, au Théâtre des Bouffes du Nord, jusqu’au 28 mai. L’histoire d’un petit garçon protégé par ses sœurs, Ygraine et Belangere, et convoité par sa grand-mère, une vieille reine tyrannique. Une pièce sombre et poétique, portée par les sanglots et les rires des instruments à cordes de Christophe Coin et Garth Knox. A cette occasion, Denis Podalydès a répondu aux questions de 20 Minutes, sur sa passion du théâtre, son hyperactivité, son moteur.

 

Leslie Menu, Adrien Gamba Gontard et Clara Noel, La Mort de Tintagiles - ©Pascal Gély

Après Cyrano de Bergerac et Le Bourgeois gentilhomme, pourquoi avoir porté votre intérêt sur le plus sombre et méconnu Maurice Maeterlinck ?

Ce n’était pas simple parce que ce n’était pas du tout le répertoire que j’avais pratiqué avant. J’ai plutôt monté des pièces très théâtrales, avec beaucoup de jeu, de très forts caractères… Là il fallait monter un théâtre qui se refuse à tout ça. Mon choix s’est porté sur La Mort de Tintagiles car je suis très intrigué par le thème de la mort au théâtre, comment on en parle, comment on suscite ce sentiment. Dans les pays du Nord, Maeterlinck n’est pas réputé être un auteur difficile qui fait fuir le public, au contraire.

Vous avez toujours le trac ?

Oui ! Et particulièrement sur ce genre de spectacle. Le travail de metteur en scène est très différent de celui d’acteur parce qu’on est à distance de son propre travail. L’acteur est embarqué, le trac disparaît dans l’énergie du jeu. Quand on est metteur en scène, on est assis dans la salle au milieu des autres spectateurs, et une fois que le spectacle se joue on ne peut plus rien faire. J’ai le sentiment d’une très grande fragilité. Surtout sur un spectacle comme celui-ci où il y a beaucoup d’intimité et où les acteurs sont très exposés.

Vous êtes un passionné de théâtre, la mise en scène était la suite logique de votre parcours ?

Dans le fond je l’ai toujours été. Adolescent, au lycée, j’étais metteur en scène et acteur, je n’envisageais pas l’un sans l’autre. J’ai toujours eu envie de mettre en scène les pièces que je lisais, je les imaginais debout sur une scène. C’est sans doute mon goût de la lecture, de la littérature, qui fait que j’ai besoin de donner forme et d’emmener une équipe. C’est assez naturel.

Comédien, acteur, metteur en scène, écrivain, scénariste parfois… C’est important pour vous de toucher à tout ?

Cela s’est fait au cours du temps mais tout était là depuis le début. Quand j’étais petit, j’écrivais beaucoup, énormément, je jouais dans des petits ateliers de théâtre. J’ai écrit un sketch en anglais en 6e et j’avais mis en scène la partie de carte de Marius de Marcel Pagnol en CM2. Je faisais ça avec mon frère à la maison aussi, c’était familial. Ça faisait vraiment partie de mes jeux préférés. Je passais des jouets aux marionnettes, puis à l’écriture d’une petite pièce…

Quelle activité n’abandonneriez-vous pour rien au monde ?

Jouer. C’est un besoin, une nécessité. C’est d’ailleurs ça qui relie toutes mes activités. Et qui les limite.

Vos années sont très chargées, vous êtes hyperactif ?

Oui et j’essaye de diminuer la quantité de projets. Il y en eut trop.

Des mauvais choix vous voulez dire ?

Il y a des bons et des mauvais, de toute façon il y a toujours une part d’échec. C’est même à travers eux que l’on peut progresser. Mais c’est aussi la fatigue. J’ai une famille, et j’aimerais m’y consacrer maintenant davantage. Et puis j’essaye de faire des choix un peu plus rigoureux. Mais je suis quand même très heureux de pouvoir jouer, mettre en scène, faire des lectures… J’ai beaucoup de chance d’être tant sollicités.

Mais quel est votre carburant ?

Beaucoup de passion. De la curiosité pour des formes et des expériences nouvelles, je suis en permanence attiré par ce qui se crée. J’ai toujours l’impression que la création est ultra-vivante. En France, il y a une énergie artistique extrême par rapport à d’autres pays. Forcément ça me stimule et ça m’appelle.