Eurovision: Les clichés prise de tête sur la France

VRAI/FAUX «20 Minutes» passe au crible les idées reçues les plus fréquentes...

Fabien Randanne

— 

Patricia Kaas a représenté la France à l'Eurovision 2009.
Patricia Kaas a représenté la France à l'Eurovision 2009. — Picture Perfect / Rex F/REX/SIPA

Médire sur l'Eurovision est presque un sport national en France. Entre mauvaise foi et prejugés, 20 Minutes fait le tri.

« On finit toujours dernier »

FAUX. En 57 participations, la France est arrivée une seule fois en dernière position… en 2014, avec les Twin Twin et leur chanson Moustache. Alors, oui, les artistes tricolores ont enchaîné les contre-performances ces dernières années (Anggun 22e en 2012 ; Amandine Bourgeois 23e en 2013), mais il faut se souvenir aussi des résultats honorables de Natasha Saint-Pier et Sandrine François, respectivement 4e et 5e en 2001 et 2002, ou de Patricia Kaas, 8e en 2009.

« On envoie toujours le même type de chansons »

FAUX. Si l’on regarde dans le rétroviseur, il saute aux yeux (et aux oreilles) que les années se suivent mais ne se ressemblent pas. De la pop rigolote (Les Fatals Picards, 2007), de l’électro labelisée French Touch (Sébastien Tellier, 2008), de la star mélancolique (Patricia Kaas, 2009), du coupé-décalé (Jessy Matador, 2010), une ballade lyrique en corse (Amaury Vassili, 2011), un ersatz de Lady Gaga (Anggun, 2012), du blues (Amandine Bourgeois) et de l’électro festive (Twin Twin, 2014)… La France a su se distinguer par l'écclectisme de ses chansons.

>> Retrouvez notre 21e Minute consacré à l'Eurovision en cliquant sur cette image

Visuel «21e Minute» - Eurovision 2015 - Rolf Klatt/REX/REX/SIPA

« On ne gagnera pas tant qu’on ne chantera pas en anglais »

VRAI et FAUX. Depuis 1999, une chanson n’a plus l’obligation d’être interprétée dans l’une des langues nationales du pays qu’elle représente. Résultat : l’anglais est devenu la langue privilégiée. Ces quinze dernières années, seules deux chansons non anglophones ont été sacrées, l’une en ukrainien (2004 ; et encore, une partie était en anglais), l’autre en serbe (2007). Contrairement à l’idée reçue, la France a déjà présenté des chansons interprétées en anglais. Un tiers de Je n’ai que mon âme, chanté par Natasha Saint-Pier en 2001 était dans la langue de Bonnie Tyler.

En 2007, les Fatals Picard ont tenté le franglais avec L’Amour à la française (« I remember comme tu étais belle, so beautiful, with your sac Chanel ») avant de se prendre un râteau, relégués à la 22e place sur 24. Un an plus tard, Sébastien Tellier concourait avec Divine. Alors que le texte original était intégralement écrit en anglais, il a consenti à ajouter quelques lignes en français après qu’un député UMP, François-Michel Gonnot, se soit ému du coup porté à la francophonie. Les paroles modifiées ? « Toi et moi, c’est comme tu sais, pour moi l’amour chante en français ». Cela ne lui a pas suffi a décrocher la première place. En fait, peu importe la langue : il faut avant tout une excellente chanson.

« La France ne veut surtout pas gagner car le concours serait trop cher à organiser »

FAUX. « Cette rumeur a surgi en 1991, quand la France s’était classée deuxième, se souvient Fabien Lecoeuvre, spécialiste de la chanson française. Quelqu’un a dit que ce serait une catastrophe d’avoir à organiser le concours (le pays vainqueur est chargé d’accueillir l’édition suivante de l’Eurovision) et que cela arrangeait donc bien la France. Or, organiser un tel événement amène aussi un développement économique énorme, générant des emplois et de l’activité dans plusieurs secteurs… » Par ailleurs, on peut penser que le plus simple, pour ne pas avoir à investir dans l’organisation de l'Eurovision, serait de ne pas participer au concours. Or, la France est l’un des membres du « Big Five », c’est-à-dire qu’il est l’un des cinq plus gros contributeurs financiers, avec l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni, du concours. Ce qui lui vaut d’être qualifiée d’office pour la finale, sans passer par l’étape des demi-finales.