«Charlie Hebdo»: Luz ne dessinera plus Mahomet

CULTURE Le dessinateur, rescapé de l’attentat du 7 janvier, raconte dans «Catharsis» l’impossible retour à la vie d’avant…

A.G.
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Luz lors d'une conférence de presse de «Charlie Hebdo» le 15 janvier 2015.
Luz lors d'une conférence de presse de «Charlie Hebdo» le 15 janvier 2015. — SIPA

Luz ne croquera plus le prophète. Près de cinq mois après l’attentat qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo,  Luz s’apprête à publier Catharsis, une BD dans laquelle il raconte son quotidien bouleversé par cette tragédie. Dans un entretien donné aux Inrockuptibles cette semaine, le dessinateur explique que ce livre le sauve de la folie, mais aussi qu'il ne dessinera plus Mahomet.

Une semaine après le drame du 7 janvier, la Une des rescapés de Charlie Hebdo faisait parler d'elle, Mahomet y brandissant une pancarte sur laquelle était inscrit «Tout est pardonné». «Pas une revanche», explique le dessinateur, seulement parce que cette Une «devait avoir un lien direct avec la raison de ce drame».

Le dessinateur confie toutefois que ce personnage «ne l'intéresse plus». «Je m'en suis lassé, tout comme celui de Sarkozy. Je ne vais pas passer ma vie à les dessiner».

Concernant Catharsis, «Ces planches ont été pendant trois mois mon endroit de nécessaire expression – je ne pouvais pas revenir tout le temps au 7 janvier. En posant sur le papier ce que j’avais dans la tête, Catharsis m’a permis de transformer et de me réapproprier ma psyché, celle directement liée à Charlie Hebdo.», raconte-t-il.

Luz confie avoir «réussi à rire en dessinant la planche d’un de [ses rêves] alors qu’elle est horrible: je suis à la conférence de rédaction du 7 janvier, je propose des idées, mais j’ai la moitié de la gueule arrachée.» Mais ce livre est aussi pour lui «une déclaration d’amour à la femme de [sa] vie. Je suis arrivé en retard ce matin du 7 janvier parce que mon anniversaire a été fêté avec un amour démesuré.»

«Je ressassais les mêmes images, je ne les digérais plus»

Avant Catharsis, ces derniers mois, le dessinateur avait «un bout de cerveau qui cognait contre les murs», confie-t-il. «Je ressassais les mêmes images, je ne les digérais plus. Je devais recoller les morceaux par le dessin. En couchant sur le papier les images qui m’obsédaient, je les sublimais et les dominais», explique Luz. Mais pourquoi ce besoin de publier ces planches? «Il fallait que ce soit un livre publié vite pour que tout soit derrière moi rapidement.» 

Dans son entretien aux Inrocks, le dessinateur est aussi revenu sur sa jeunesse, l’avenir encore flou de Charlie Hebdo ou encore sur l’extension de la société de surveillance. «Après les attentats, le gouvernement s’est lancé dans une réforme du renseignement (…) Le gouvernement ne cesse d’invoquer Charlie Hebdo pour justifier cette loi liberticide alors qu’on est un journal qui lutte contre les atteintes aux libertés! On ne veut pas être utilisés comme argument publicitaire par Manuel Valls pour vendre sa politique sécuritaire.»