Le hip-hop s'expose à l'Institut du monde arabe

MUSIQUE «20 Minutes» s'est entretenu avec le rappeur Akhenaton, commissaire de cette exposition...

Dolores Bakela
— 
Akhenaton
Akhenaton — Nicolas Guérin

«C’est l’aboutissement d’un combat de trente ans pour la reconnaissance du hip-hop», confie Jack Lang. Le président de l’Institut du monde arabe, où s’ouvre ce mardi (et jusqu'au 26 juillet) l’exposition Hip-hop, du Bronx aux rues arabes, se félicite d’avoir facilité son organisation et qu’Akhenaton, le leader d’IAM, en soit le concepteur artistique. Ce projet collectif est né dans l’esprit Mario Choueri, un ancien de EMI Arabia, avec qui le groupe avait collaboré en travaillant avec des chanteurs et des groupes arabes. A l’époque, les Marseillais enregistraient Arts Martiens. «On n’a pas voulu faire une exposition historique car on manquait de superficie et on courait le risque d’oublier des choses», explique Akhenaton à 20 Minutes, qu’on retrouve au 9e étage de l’IMA, tout sourire malgré sa journée promo marathon.

Le hip-hop, une culture accessible

Le fil rouge de cette exposition? «La transmission; c’est ce qui a fait le succès du hip-hop, qui est une culture très accessible à tous.» Dans l’exposition, vinyles d’époque de Run DMC et préceptes de la Zulu Nation côtoient des photographies du Sud du Bronx et extraits de films, convoqués par celui qui est expert en rap américain. «Je suis allé pour la première fois à New York en 1984 dans ma famille, raconte le Marseillais. J’y ai même enregistré mon premier disque avec les Choice MCs en 1988.»



En vrai connaisseur, il tacle les journalistes venus du rock, qui ont voulu figer le rap dans de la musique engagée. «De 1972 à 1982, le rap est de la musique de club! L’âge d’or du rap engagé, c’est de 1986 à 1991, avant qu’il ne bascule dans son ère “voyou”», explique Akhenaton.

Akhenaton répond à ses détracteurs

Travailler sur cette exposition lui a permis de mettre des MCs (maîtres de cérémonie) à l’honneur venus du monde arabe, «rappeurs et rappeuses de talent avant d’être des révolutionnaires», comme Malikah ou DAM (Da Arabian MCs). «J’espère que cette exposition donnera envie à tout le monde de découvrir notre culture», précise Akhenaton, qui reste vent debout face aux critiques. A commencer par celles qui le disent vendu au grand capital, puisque son nouveau single Vivre maintenant est le titre officiel pour Coca-Cola. «Ce sont des hommes et des femmes dans ces sociétés; ils peuvent écouter ce qu’on veut leur dire. J'ai exprimé mon point de vue sur l'aspartame, qui engendre de gros problèmes de santé -comme le rappelle sa lettre ouverte cinglante publiée sur Facebook-. Aujourd’hui, les laboratoires pharmaceutiques, qui financent les deux dernières années d’activité des médecins font bien plus de dommage que les fabricants de boissons gazeuses. La révolution de demain est dans la consommation.»

Du droit de ne pas être Charlie

Ou l'article du Figaro, publié en mars, dont le titre laissait penser qu'il parlait des attentats de Charlie Hebdo en mal. «Je ne suis pas toujours d’accord avec Booba, mais il avait droit de dire “Je ne suis pas Charlie”. C’est déplacé de le lyncher à ce sujet, comme l'étaient les tags racistes et haineux sur ma maison». Et de rappeler «que l’institution est financée avec nos impôts. Cette expo pour des contribuables, issus de la culture hip-hop, très nombreux et niés depuis des années se doit d'exister. Le hip-hop est un cheval fou. Il vivait avant cette exposition, il vivra après. Ces murs ne peuvent pas contenir le hip-hop », conclut Akhenaton. C’est dit.