Des bulles pour recadrer le génocide des Arméniens

BD Deux albums évoquent le drame arménien à l’occasion de la commémoration de son Centenaire…

Olivier Mimran

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«Varto» (extrait) - G. Aprikian, S. Torossian & éd. Steinkis 2015
«Varto» (extrait) - G. Aprikian, S. Torossian & éd. Steinkis 2015 — 1593867

Un siècle après que les Arméniens d’Anatolie et d’Arménie occidentale furent systématiquement arrêtés, déportés et éliminés sur ordre du comité «Union et Progrès» turc, deux albums reviennent sur cette tragédie dont on estime qu’elle a coûté la vie à 1,2 million de personnes, ce qui en fait le premier génocide du 20e siècle.

Leur singularité? Plutôt que d’énumérer et représenter des massacres, les deux récits éludent l’idée de «masse» pour porter le drame à une échelle individuelle, probablement encore plus poignante.

Varto, réalisé par deux auteurs issus de la diaspora arménienne, revient sur le génocide à travers deux regards: celui d’un «juste» – comme il s’en révèle lors de toute exaction — et celui de deux victimes. Le juste, c’est un jeune turc à qui son grand-père confie les deux enfants d’un de ses amis arméniens. Les tueries ayant déjà commencé, Hassan reçoit l’ordre de mettre Maryam et Varto en sécurité. Leur périple à travers les montagnes d’Anatolie, pour périlleux qu’il s’annonce, viendra à bout des préjugés d’Hassan…

Le récit a remporté le Trophée du premier scénario du CNC et le scénariste Gorune Aprikian a annoncé souhaiter le porter à l'écran.

Le fantôme arménien s’apparente davantage à une BD reportage puisque ses trois auteurs ont couvert le premier voyage d’un Marseillais en Turquie, sur les traces de ses aïeux arméniens (environ 10% des habitants de la capitale phocéenne ont des racines arméniennes!). Varoujan, 54 ans, et sa femme Brigitte ont décidé de présenter une exposition de portraits d’Arméniens rescapés sur le site d’un des massacres… De ses différentes rencontres, aussi bien avec des personnes qu’avec des lieux, le couple prend la vraie mesure de l’ampleur du génocide.

SI le génocide a généralement été reconnu par de nombreuses nations, il fait toujours objet de négationnisme en Turquie. Sobres et impartiales, ces deux remarquables bandes dessinées poussent à relativiser ces positions strictement politiques en se focalisant sur le seul aspect que ses auteurs jugent désormais digne d’intérêt: la douleur à hauteur d’homme, le traumatisme s’étant, à l’évidence, transmis de génération en génération.

«Varto», de Gorune Aprikian & Stéphane Torossian - Éd. Steinkis, 20 euros

«Le Fantôme arménien», de L. Marchand, G. Perrier & T. Azuélos - Éd. Futuropolis, 19 euros