VIDEO. «Yokai Watch», le nouveau monstre japonais qui fait de l'ombre à «Pokemon»

JEUX VIDEO Cette nouvelle série, en passe de devenir le poids lourd du jeu vidéo japonais, doit débarquer chez nous l’année prochaine...

Mathias Cena
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"Yokai Watch", le nouveau phénomène culturel japonais.
"Yokai Watch", le nouveau phénomène culturel japonais. — Level-5

De notre correspondant à Tokyo,

Yokai Watch, c’est le nouveau Pokemon. Le parallèle sans cesse dressé entre les deux titres est un brin réducteur, mais en dit long sur le succès de la nouvelle série, un phénomène en passe de devenir le poids lourd du jeu vidéo japonais, et qui doit débarquer chez nous l’année prochaine.

Level-5, le studio qui veut rafraichir le jeu vidéo japonais

Dans ce jeu créé par le studio Level-5 (Professeur Layton, Inazuma Eleven, Ni no Kuni), le petit garçon ou la petite fille que l'on incarne au choix découvre un beau jour qu’il ou elle peut, grâce à une montre spéciale (la fameuse «watch»), voir ce que personne d’autre ne peut voir: des yokai, des esprits souvent espiègles du folklore japonais, qui jouent des tours à la population, provoquant accidents de la circulation, querelles amoureuses ou trous de mémoire. Tout un bestiaire qu’il s’agira d’attraper, comme on capture des monstres dans Pokemon.

Le trailer de «Yokai Watch 2»



«Les monstres et les yokai vivent sur un pied d’égalité avec les humains»

«Les deux univers ont en commun cette conception animiste ancrée dans la culture japonaise, qui donne aux animaux et aux esprits une âme et une personnalité», analyse Nobushige Hichibe, auteur d’un livre sur le phénomène Yokai Watch. «Dans ces jeux, les monstres et les yokai vivent sur un pied d’égalité avec les humains, avec qui ils peuvent se lier d’amitié.» Le chercheur note cependant que là où Pokemon s’adresse clairement aux enfants, Yokai Watch propose en permanence deux niveaux de lecture: «Il y a énormément de gags et de références que seuls les adultes japonais peuvent comprendre», explique Nobushige Hichibe.

Attrapez-les tous, les consommateurs

Avec cette volonté de séduire un public le plus large possible, le slogan de Pokemon, «Attrapez-les tous», pourrait aussi être la devise de Level-5, qui a mis en place une stratégie implacable pour faire entrer ses yokai dans tous les foyers japonais. Les débuts ont pourtant été modestes: Yokai Watch 1, sorti sur la console 3DS de Nintendo en juillet 2013 en même temps que paraissait le premier tome du manga du même nom, est resté relativement confidentiel jusqu’à l’arrivée de l'adaptation animée à la télévision japonaise en janvier 2014. Là, c’est l’explosion: les enfants (ou plutôt leurs parents), rapidement rendus accros, se précipitent sur la suite du jeu, Yokai Watch 2, qui sort en juillet 2014.

«Guéla-guéla-poh», la chanson du générique, étudiée pour rester dans la tête:



La machine est lancée, et les parents n’ont d’autre choix que de s’arracher les cartes à jouer, de se ruer sur les jouets dérivés, rapidement en rupture de stock, et de s’engouffrer dans les cinémas à la suite de leurs rejetons pour la sortie du film en décembre 2014, qui bat des records d'entrées.

Des yokai omniprésents

Ce n’est que le début. Level-5, avec sa technique désormais bien rôdée du «cross-média», qui consiste à sortir des déclinaisons sur tous les supports possibles pour faire connaître la série, puis la rendre incontournable, ne compte pas en rester là. Mardi, lors d’un grand show rassemblant professionnels et grand public dans une salle de concert de Tokyo, le PDG de l’entreprise, l’omniprésent Akihiro Hino, a annoncé la suite de l’offensive: deux jeux et une encyclopédie des yokai pour smartphone, destinée aux parents, qui pourront ainsi apprendre des choses à leurs enfants sur les «monstres» du jeu, et deux nouveaux titres pour 3DS.

 

Un train à grande vitesse - kyodowc125306.JPG k/NEWSCOM/SIPA 

 

 

Les esprits traversent-ils les océans?

Au Japon, Level-5 a déjà écoulé plus de 7 millions d’exemplaires des jeux Yokai Watch 1 et 2. Mais l'inconnue, c'est désormais le grand saut vers l’international, prévu pour 2016. Les Yokai plairont-ils à un public non-japonais autant que Professeur Layton (17,8 millions d’unités vendues dans le monde) ou Pokemon? «Yokai Watch est très "japonais", dans le sens où les yokai sont puisés dans le folklore local et l’action se déroule dans le Japon contemporain», note Nobushige Hichibe. Contrairement à Pokemon par exemple, qui est ancré dans un monde imaginaire «où il est plus facile de se projeter pour les publics du monde entier», explique-t-il.

Il cite aussi la difficulté que les nombreux gags, jeux de mots et les noms des yokai poseront aux traducteurs, mais rappelle que certains films du Studio Ghibli, comme Le Voyage de Chihiro ou Mon voisin Totoro, également très «japonais», ont connu le succès dans le reste du monde. Akihiro Hino, conscient de toutes ces difficultés, a fait mardi une annonce de nature à éliminer au moins l’un des obstacles: dans les prochains jeux et dessins animés, le personnage principal va déménager «à l’étranger», dans un endroit appelé «USA». Un bon gros tour digne d’un yokai.

Yokai Watch en chiffres

Les yokai, omniprésents, ont vendu 10 millions de livres et mangas, 200 millions de jouets et le long-métrage a rapporté 7,6 milliards de yens (58 millions d’euros) en salles. Les jeux se sont vendus à 7 millions d'exemplaires.