Une scène bientôt censurée?

CINEMA Le tabagisme dans les films américains va entraîner une interdiction pour les moins de 17 ans non accompagnés...

A.S

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"Le Dahlia noir", adaptation très attendue par le cinéste Brian de Palma du roman vénéneux de James Ellroy avec Scarlett Johansson en vedette, arrive sur les écrans français cette semaine ainsi que "C'est beau une ville la nuit", un road-movie attachant de Richard Bohringer.
"Le Dahlia noir", adaptation très attendue par le cinéste Brian de Palma du roman vénéneux de James Ellroy avec Scarlett Johansson en vedette, arrive sur les écrans français cette semaine ainsi que "C'est beau une ville la nuit", un road-movie attachant de Richard Bohringer. — AFP

La vision d’une cigarette allumée bientôt considérée aux Etats-Unis comme une scène de torture violente ou de sexe explicite? La «Motion Picture Association of America» (MPAA) — qui censure les films à certains publics — a annoncé jeudi que le tabagisme pourrait entraîner un «R-Rating» (restricted audience), c’est-à-dire une interdiction aux mineurs de moins de 17 ans non accompagnés.

Le dirigeant de la MPAA, Dan Glickman, a rappelé que des films mettant en scène des mineurs en train de fumer n’étaient déjà pas autorisés à tous les publics mais que l’interdiction serait étendu cette fois aux films mettant en scène des adultes fumeurs. Le tabagisme sera ainsi pris en compte dans la classification des œuvres cinématographiques au même titre que la violence, le sexe et les grossièretés.

Peu de films concernés

Le pourcentage de films où l’on voit des fumeurs a baissé de 60 à 52% entre juillet 2004 et juillet 2006. Parmi ces films, les trois quarts sont déjà notés «R» pour d’autres raisons, souligne Dan Glickman, qui considère donc que la nouvelle réglementation ne touchera que peu de films.

Dans sa motivation de la classification d’une œuvre, la MPAA parlera de «tabagisme persuasif» ou encore de «tabagisme glamour», selon les circonstances dans lesquels les cigarettes sont mises en scène. Elle prendra néanmoins en compte les besoins artistiques de faire fumer les acteurs dans le film, notamment s’il s’agit de films historiques. Joan Graves, responsable de la classification des films, explique ainsi qu’un film comme «Good Night and Good Luck» de George Clooney «porterait sans doute la notification «tabagisme persuasif», mais resterait ouvert à tous les publics en raison du contexte historique des années 50».

Les réalisateurs d’accord

La corporation des réalisateurs («Directors Guild of America») ne s’est opposé à la décision mais a exprimé son désir de voir préservé «l’équilibre délicat entre les enjeux de santé public et la sauvegarde de la liberté d’expression».

Quant à Christopher Buckley, auteur du roman qui a inspiré le film satirique «Thank you for Smoking», interrogé par le «New York Post», il a réagi avec ironie : «Je peux seulement espérer que la MPAA fera en sorte que des films comme “Casablanca” ne soient plus accessibles à tous les publics mais reclassifiés pour ce qu’ils sont : d’insidieuses œuvres de propagande pro-tabac qui conduisent à des millions de morts».