Le Grand Palais accueille une exceptionnelle exposition Vélasquez

EXPOSITION Le Grand Palais a monté un événement autour de l’œuvre du peintre espagnol…

Benjamin Chapon

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L'exposition Vélasquez se tient au Grand Palais à Paris jusqu'au 13 juillet 2015
L'exposition Vélasquez se tient au Grand Palais à Paris jusqu'au 13 juillet 2015 — BERTRAND GUAY / AFP

Le roi Felipe VI d’Espagne devait inaugurer l’exposition Vélasquez et le triomphe de la peinture espagnole au Grand Palais aux côtés de François Hollande. Le crash d’un airbus dans les Alpes en a décidé autrement. En signe de deuil, le monarque et sa femme ont écourté leur visite officielle sans passer par le Grand Palais.

L’exposition, qui se tient jusqu’au 13 juillet 2015, n’en est pas moins un événement rarissime. La dernière grande rétrospective du peintre espagnol emblématique du siècle d’or date de 1989, à New York. Si l’exposition ne compte pas le chef-d’œuvre absolu du musée du Prado à Madrid, Les Ménines, ni la Reddition de Breda ou Les Fileuses, on peut y voir 51 toiles de Vélasquez, dont des tableaux qui ne quittent quasiment jamais leurs cimaises: le Portrait du pape Innocent X, d’habitude montré à la Galleria Doria Pamphili de Rome, la Vénus au miroir prêté par la National Gallery de Londres, et La Tunique de Joseph, pièce maîtresse des collections du monastère de l’Escurial à Madrid.

Le musée du Prado, qui rassemble naturellement la plus belle collection de Vélasquez au monde, a consenti le prêt de portraits royaux et de La Forge de Vulcain.

Troc de chefs-d’œuvre

Réunir de telles œuvres est un authentique exploit rendu possible par l’acharnement du commissaire français de l’exposition, Guillaume Kientz, conservateur au département des peintures du musée du Louvre. Outre son pouvoir de persuasion, il a pu compter sur la très bonne réputation du Grand Palais, qui organise régulièrement des monographies d’artistes de très hautes tenues qui génèrent de nombreux articles et la publication de catalogues sérieux.

Par ailleurs, Guillaume Kientz a pu négocier des prêts auprès d’institutions qui, en retour, pourront «piocher» dans les collections françaises, notamment du Louvre, pour leurs propres expositions à venir. Mis à part les frais d’assurances des œuvres, il n’y a que rarement des échanges d’argent entre musées quand il y a des prêts. Et quand on fait du troc, mieux vaut avoir de belles choses à troquer.

La France pauvre

Vélasquez a peu peint, moins de 120 toiles dans toute sa vie. Et son œuvre, si elle est très majoritairement en Espagne, est assez éclatée. La France est complètement passée à côté de ce peintre, inconnu dans notre pays à sa mort, et ne possède, dans ses collections publiques aucune œuvre notable de Vélasquez, mis à part Philippe IV en tenue de chasse conservé au musée de Castres et dont l’attribution n’est même pas certaine.

Il a donc fallu tout emprunter, à part quelques-unes des peintures d’autres artistes que l’exposition montre en vis-à-vis des toiles de Vélasquez. Le récit épique des prêts obtenus par le commissaire d’exposition est au moins aussi passionnant que celui de la vie de Vélasquez. L’exposition retrace de manière chronologique l’ascension d’un peintre discret, de sa formation à son ennoblissement en 1659.

Une vie dédiée à la peinture

Le catalogue de l’exposition (coédité par la RMN-Grand Palais et les éditions du Louvre, 50 euros), mais aussi l’indispensable ouvrage de référence Vélasquez d’Yves Bottineau (réédité en version augmentée par Citadelles & Mazenod, 189 euros) complète admirablement une exposition savante qui ne repose pas uniquement sur le rassemblement rarissime de chefs-d’œuvre.

Comme l’écrivait Yves Bottineau en regard des splendides reproductions de son ouvrage, l’histoire de Vélasquez est le récit d’une vie dédiée à la peinture et d’une peinture dédiée à la vie. Son immense talent, qui le place au niveau des autres géants tels que Rubens et Le Caravage, n’écrase jamais le spectateur de ses tableaux, même les plus monumentaux. Voir Vélasquez est un spectacle d’autant plus précieux qu’il est rare.