VIDÉO. Richard III: Sa personnalité obscure continue de fasciner auteurs et comédiens

CULTURE Le dernier roi Plantagenêt, mort en 1485, a été enterré dans la cathédrale de Leicester jeudi. Sa sinistre réputation continue d'alimenter les œuvres d'artistes...

Joel Metreau

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Richard III vu par la mangaje Aya Kanno. Lancer le diaporama
Richard III vu par la mangaje Aya Kanno. — 2014 AYA KANNO (AKITASHOTEN)

Merci Shakespeare. Grâce à l’homme de lettres britanniques, Richard III traîne avec lui une image de roi tyrannique, qu'il a emporté jeudi dans sa dernière demeure, la cathédrale de Leicester (Grande-Bretagne), lors d'une  cérémonie grandiose. Dans sa pièce écrite à la fin du XVIe siècle, Shakespeare le dépeint comme un homme sanguinaire et assoiffé d’ambition. Cette réputation ne va guère le quitter et nourrir une fascination à son égard. Les comédiens rêvent de se glisser dans la peau de cet homme pour épouser les contours complexes de sa personnalité.

Benedict Cumberbatch en Richard III. - BBC

Une fresque historique de la BBC

Dernier comédien en date, le Britannique Benedict Cumberbatch. Jeudi, à la cérémonie, il a lu des vers écrits pour l'occasion par la poétesse écossaise multi-récompensée Carol Ann Duffy. L'acteur de 38 ans serait même un lointain descendant du roi Plantagenêt. Tout comme de un jusqu’à 17 millions d’habitants sur le sol britannique, selon des études généalogiques. Sa présence à la cérémonie s'explique surtout par sa participation à une fiction audiovisuelle de la BBC. Il y interprète Richard III dans The Hollow Crown, fresque historique qui s’appuie sur les œuvres de Shakespeare.

Une Grande-Bretagne dystopique des années 1930 

Ian McKellen, autre immense comédien britannique a incarné Richard III, aux côtés d’Annette Bening, Maggie Smith et Robert Downey Jr. Mais dans le film de Richard Loncraine, sorti en 1995, l’action a été transposée dans une Grande-Bretagne dystopique dans les années 1930, menacée par la montée du fascisme. Richard III y est dépeint comme un roi britannique qui se métamorphose en dictateur des temps modernes. Les archaïsmes sont balayés: la fameuse tirade «Un cheval! Mon royaume pour cheval» est lancée par Ian McKellen, à bord d’une jeep qui s’est enlisée. Fameuse tirade qui sera notamment reprise par le groupe Queen dans la chanson Lily of the Valley.

Richard III franchit l'Atlantique

Les années 1990 voient ainsi un regard d’intérêt pour le personnage de Richard III. Mais l’homme qui l’a fait découvrir à une nouvelle génération, c’est l'Américain Al Pacino. Pour ses débuts derrière la caméra, l’acteur a réalisé le documentaire Looking for Richard. Il y filme à la fois la piècesa répétition de la pièce, ainsi que l’intérêt des Américains pour Shakespeare et ce personnage de roi sanguinaire. S’il a abandonné l’idée de faire une adaptation entière de la pièce, c’est aussi parce qu’il craignait de ne pas être à la hauteur du Richard III de Laurence Olivier. Un classique de 1955.

Héros de manga

L’ambition et la violence du personnage en font aussi un criminel digne de Scarface. Transposé dans le monde contemporain, Richard III devient au cinéma le chef de gang latino Rikki Ortega, dans King Rikki (2002). Mais on aurait tort de croire que la figure du roi plantagenêt fascine seulement le monde occidental. Après avoir lu Shakespeare, la Japonaise Aya Kanno se livre à une réinterprétation de sa vie dans Le Requiem du Roi des Roses (éditions Ki-oon, 7,65 euros) qui est sorti ce jeudi. Représenté comme un bossu par l’auteur du XVIe siècle, il devient sous la plume de la mangaka un être hermaphrodite. Richard III n'a pas fini d'exciter l'imagination des artistes.