«Je ne suis pas un rebelle»

INTERVIEW Julien, rockeur et candidat à «La Nouvelle Star»...

Propos recueillis par Alice Antheaume
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Julien de la Nouvelle Star 2007
Julien de la Nouvelle Star 2007 — DR

Julien Doré, 24 ans, candidat à «La Nouvelle Star», nous a raconté ses doutes et ses rêves. Interview exclusive et rock'n'roll.

Pourquoi passez-vous toujours en fin d’émission?

Je ne sais pas. C’est peut-être un choix de la production. Chanter en dernier me retire du stress. Car avant de monter sur scène, je déconne avec les maquilleuses ou les stylistes dans les coulisses. Cela doit être pathétique de m’écouter car il n’y a pas plus con que mes blagues. Mais cela fait passer plus vite cette émission pourrie.


Cette émission pourrie?

C’est une boutade.


Il vaut mieux que l’on écrive que vous blaguez. Sinon, vous allez vous faire tirer les oreilles.

Mais non, les gens comprennent l’ironie. Cela m’énerve qu’on veuille toujours être sûr d’être parfaitement compris, alors ce qui est intéressant, c’est la part de flou, c’est de prendre des risques. Même si, entendons nous, ma prise de risques est minime. Ma cascade est plus proche de celle de Jean-Paul Belmondo que de celle de Rémy Julienne (cascadeur professionnel, ndrl)!


Vous avez chanté mercredi soir «Moi Lolita» d’Alizée. Qui a signé l’arrangement?

Alizée, au moment où elle a explosé, m’a marqué. Avec mon groupe de musique, on avait décidé de reprendre «Moi Lolita» en rendant le morceau plus «bluesy». C’est de là que vient l’arrangement. 

Mercredi soir sur le plateau de «La Nouvelle Star», on l’a joué comme le jouait mon groupe dans les bars. Sauf qu’il y avait plus de musiciens. C’était énorme (voir la vidéo)!. Le son était exactement celui que je voulais, le rendu était tel que je le rêvais et, pour la première fois, sur scène, j’étais fier. Fier d’être porté par un travail musical. Pas par l’image. 


Justement, parlons d’image: votre barrette est-elle une référence à Philippe Katerine?

Pas une demi-seconde! La barrette, c’est juste un objet qui sert à retenir mes cheveux quand ils me vont dans les yeux en concert.


Que vous avez de jolies dents, Julien. Vous avez fait un blanchiment?

C’est quoi, cette connerie? (silence énervé). Au fait, je ne porte pas lentilles non plus.


Dans les médias, on vous considère comme un rebelle. Qu'en pensez-vous?

Je ne comprends pas. Je suis l’inverse de ce que l’on dit. Je pense être bien élevé et n’ai rien d’ingérable. Ne pas avoir envie de chanter quelque chose sur lequel j’ai craché pendant dix ans ou recommencer vingt-cinq fois une répétition, c’est ça, être rebelle? Et puis, vous savez, la rébellion à la télévision… Il y a une différence entre les Clash et Michaël Youn.


«On est fier que tu n’aies pas claqué la porte», vous a dit Marianne James mercredi soir. Que s’est-t-il passé? Vous vouliez partir? 

Non, l’image d’un candidat qui part comme un prince au milieu d’une émission de télé-réalité est pathétique. Mais la semaine est longue et je doute parfois. Comment ne pas être le cliché de moi-même? Je m’interroge sur ma place ici. Musicalement et en termes d’image. Marianne a dit cette phrase pour refléter mon état d’esprit, pour montrer mon malaise. Mais après «Moi Lolita» mercredi soir, je suis rassuré musicalement, et ce matin, tout va bien, mes doutes s’envolent. 


Comment vous êtes-vous retrouvé dans cette émission?

L'année dernière, je travaillais dans une entreprise de manutention et j’ai décidé d’arrêter de bosser en septembre. A l'époque, avec mon groupe Dig Up Elvis, on faisait des concerts dans des bars de Nîmes où l’on était payé en bières. 

Puis, au moment où je reçois mon ukulélé commandé sur Internet, j’entends parler de ce casting «Nouvelle Star» à Marseille. J’y suis allé avec un autocollant de Dig Up Elvis sur mon ukulélé pour faire parler de mon groupe. Ce n’était qu’un plan de communication au départ. 

Quand j’ai été sélectionné pour aller à la suite du casting à Paris, j’ai d’abord dit non. Ensuite, je me suis dit «tu as un billet de train aller-retour pour Paris, alors vas-y, laisse-toi prendre en charge par la machine». Le coup de pub s’est transformé en test. Mais jusqu’au dernier jour du casting, je me suis dit que le jury allait comprendre, qu’il allait voir que je suis un escroc, que j’essaie d’être là mais que je n’y suis pas totalement.


Cela dit, vous pourriez quitter «La Nouvelle Star» maintenant. Vous n’avez pas besoin d’aller jusqu’au bout pour être d’ores et déjà le vainqueur de cette émission, non?

Je me suis fait piéger car je suis trop sensible. Je me suis attaché à ceux qui bossent à «La Nouvelle Star», à Franck, le pianiste, à des gens du tournage, du maquillage, et je me dis que si je les plante, je ne les reverrai plus. Je suis arrivé à «La Nouvelle Star» avec cette volonté d’être un peu à l’écart, et au bout de deux mois, tu ne peux plus lutter.

Dans le principe, je n’ai pas envie de gagner cette émission. Car j’ai peur des blocages qui m’attendent si je vais au bout. Des pressions des grosses maisons de disques qui veulent que l’on fournisse quelque chose très rapidement. Alors que mon rêve, c’est plutôt d’aller dans un label indépendant pour faire quelque chose d’underground, si ce mot veut encore dire quelque chose aujourd’hui.


Si l’on vivait au pays des bisounours et que tout était possible, quel type d’album aimeriez-vous réaliser? Et avec qui?

J’aimerais un album à l’esprit folk et acoustique, avec mes potes de The Jean d’Ormesson's Disco Suicide et de Dig Up Elvis. On ferait quelques reprises et un vrai travail sur le son. Cela serait un mélange de sons sales type «garage» avec une vraie douceur dans les mélodies, entre Herman Düne et Devendra Banhart. Et avec Alain Bashung et Christophe. Bref, les bisounours auraient plutôt des sales gueules.