«Millénium»: La compagne de Stieg Larsson écoeurée par le «business» de la trilogie à succès

CULTURE  La veuve de l’écrivain n’achètera pas le quatrième volet qui doit sortir cet été… 

20 Minutes avec AFP

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L'adaptation cinématographique de «Millénium».
L'adaptation cinématographique de «Millénium». — UGC Distribution

Eva Gabrielsson n'en démord pas. Poursuivre la trilogie à succès Millénium, écrite par son ancien compagnon Stieg Larsson décédé en 2004, est une erreur, et jamais elle n'achètera le quatrième opus qui doit sortir cet été.

«On dit que les héros doivent continuer à vivre. Mais c'est des conneries, parce qu'en fait, c'est une histoire d'argent. On a une maison d'édition qui a besoin d'argent et un écrivain qui n'a rien d'autre à écrire que de copier les autres», s'emporte-t-elle, dans un café de Stockholm.

Discrète, la voix posée, Eva Gabrielsson a 61 ans. Elle a vécu aux côtés de Stieg Larsson pendant 32 ans, jusqu'à sa mort d'une crise cardiaque avant la publication du premier tome de sa trilogie de polars.

«Choix complètement idiot»

Elle s'anime dès qu'il s'agit de défendre l'oeuvre du romancier, qui n'a jamais pu goûter à son succès. La publication d'un quatrième tome qui doit sortir dans 35 pays le 27 août la révulse. Le livre, pavé d'un demi-millier de pages intitulé Ce qui ne nous tue pas, a été écrit par David Lagercrantz, journaliste et écrivain célèbre pour avoir cosigné l'autobiographie Moi, Zlatan Ibrahimovic.

Après la mort de Stieg Larsson, Eva Gabrielsson a affirmé à plusieurs reprises avoir l'ébauche d'une quatrième volume que son compagnon aurait commencé quelques mois avant sa mort. Cette ébauche dont le grand public ignore tout, elle ne veut plus en parler. «Je ne l'ai plus et Lagercrantz a commencé de zéro», dit-elle le visage fermée. Lagercrantz, issu d'une famille aisée de Stockholm n'a selon elle aucun point commun avec Larsson, journaliste militant engagé à gauche et dans la lutte contre les extrémismes.

Il «vient d'un milieu complètement différent. Tout a toujours été facile pour lui. Jamais il n'a été militant. Tout est faux», s'insurge-t-elle. «C'est un choix complètement idiot». Même le titre ne trouve pas grâce à ses yeux: «C'est un peu mou, très littéraire. Les autres titres étaient beaucoup plus rentre-dedans», assène Eva Gabrielsson, avant de conclure: «Laissons-le creuser sa propre tombe».

«Pas de plan»

La poursuite de la trilogie Millénium part selon elle d'une idée fausse: celle que les aventures de Lisbeth Salander, jeune hacker géniale, et de Mikael Blomkvist, journaliste d'investigation, promettaient une fresque épique restée inachevée. «Tout le monde pense qu'il y avait un plan gigantesque mais non, il n'y avait pas de plan pour les trois premiers livres et quand il a commencé à écrire le quatrième, c'était spontané. Il n'y avait toujours pas de plan». «Moi-même je n'aurais pas poursuivi l'oeuvre de Stieg, son récit.» Selon elle, rien de tout cela n'aurait dû arriver.

Elle s'est battue des années pour le droit de gérer l'oeuvre de Stieg Larsson, mais a dû renoncer. Ils n'étaient pas mariés et il n'avait pris aucune disposition testamentaire pour protéger sa compagne, ne pouvant présager ni sa disparition soudaine ni le succès planétaire de ses livres. À sa mort, ce sont le frère et le père de l'écrivain, ses héritiers, qui en sont devenus gestionnaires. Elle a dit n'avoir jamais trouvé d'accord avec eux.

«C'est dans le droit européen sur la propriété intellectuelle: il faut gérer une oeuvre de manière à ce que son origine soit respectée, la protéger. Ce sont ceux qui gèrent l'oeuvre qui doivent s'en occuper», dit-elle avec conviction. Mais «la famille de Stieg, ils sont trop faibles, ils ne protègent pas son oeuvre et puis maintenant, il n'y a plus rien à protéger».