Le Salon du Livre s'intéresse aux nouvelles façons de lire

LITTERATURE Le Salon du Livre s’est clôt lundi soir entre constatation du recul du temps de lecture chez les Français et espoir de reconquérir des lecteurs…

Benjamin Chapon

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Le Salon du Livre de Paris le 23 mars 2015
Le Salon du Livre de Paris le 23 mars 2015 — ISA HARSIN/SIPA

Les Français lisent de moins en moins, surtout les plus jeunes. Les maisons d’édition voient leurs chiffres d’affaires baisser chaque année. Les librairies ferment. Le Salon du Livre de Paris s’est clos lundi 23 mars 2015 sur d’amers constats statistiques autant que sur des raisons d’espérer.

Le salon a ainsi été l’occasion de présenter des innovations qui pourraient séduire de nouveaux lecteurs dans les années à venir. «La manière de lire ne change pas beaucoup. Les gens lisent encore majoritairement chez eux, avant de se coucher, ou dans les transports en allant au travail, constate Rémi Gaucher, président d’une société de conseil spécialisée dans l’édition. En revanche, la manière dont les lecteurs entrent en contact avec les livres évolue très vite.»

«Je lis tous les livres en V. Dans deux ans, j'attaquerai Vernon Subutex» 

Le récent rapport ministériel Engel les juge illégales. Les offres d'abonnement de lecture en illimité ont contre-attaqué au Salon du Livre. La société Youscribe organisait un colloque. «Il y avait beaucoup de monde et une ambiance très studieuse, note Juan Pirlot de Corbion, directeur général de YouScribe à l’initiative du colloque. L’objectif était de démontrer que le streaming est une bonne réponse à l’évolution des usages. La lecture doit se battre.» Convaincre les éditeurs, les auteurs et les libraires de l’utilité du streaming en illimité ne sera pas chose aisée. «Notre modèle est celui d’une bibliothèque publique, explique Juan Pirlot de Corbion. Quinze millions de Français empruntent 200.000 millions de livres chaque année dans les bibliothèques. Et tout le monde reconnaît que ça encourage la lecture. Le streaming payant, c’est pareil.»

«Mon métro a du retard. Lis donc Vernon Subutex en m'attendant»

La maison d’édition numérique ePoints, en partenariat avec Twitter, a lancé l’application #MerciduRetard. Le service, payant, permet d’offrir à ceux qui vous attendent, un peu de lecture. L’échange se fait par smartphone et vous pouvez choisir le type d’ouvrage en fonction de votre retard. ePoints est par ailleurs spécialisée dans les offres de lecture courte.

«Un café, l’addition et Vernon Subutex s’il vous plaît»

Au Salon du Livre, un débat avait pour thème «Littératures à la carte, quand les restos vendent des livres». Plusieurs exemples y ont été donnés d’établissements qui consacraient un  peu de leur espace pour mettre en avant quelques livres. «La plupart du temps, ce sont des livres de cuisine ou des essais en rapport avec la cuisine, estime Rémi Gaucher. De nombreux cavistes vendent des BD sur le vin comme Les ignorants. Ou des fromagers aussi. Il y a aussi des grandes chaînes de magasins, comme Starbucks ou Etam qui ont fait l’essai sur un nombre de titres très réduit. Mais ça marche mieux quand le vendeur a un rapport privilégié avec ses clients.»

«Vernon Subutex? Je ne l’ai pas, je vous le commande ou je vous l’imprime?»

Aux Etats-Unis, quelques librairies se sont dotées d’imprimantes spéciales pour lutter contre Amazon et les librairies en ligne. L'Espresso Book Machine, présentée sur les stands de La Martinière et des Presses Universitaires de France, a attiré tous les regards. Elle permet, en quelques minutes, d’imprimer un livre à la demande du client. «L’intérêt est double, assure Rémi Gaucher. Cela permet de ne plus perdre les clients qui préfèrent commander en ligne et être livrés plutôt que de passer commande en librairie. Et comme le client doit patienter pendant l’impression, il flâne dans la librairie et prendra peut-être un autre livre.»