Salon du livre: Daniel Galera, la voix d’une nouvelle génération d’auteurs brésiliens

LITTERATURE Né en 1979, ce Brésilien voit son roman «La Barbe ensanglantée» publié en France chez Gallimard. Assurément un auteur à suivre...

Joel Metreau

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L'écrivain brésilien Daniel Galera.
L'écrivain brésilien Daniel Galera. — Raul Krebs

«J’ai été impressionné par le côté mystérieux et très original du roman, ainsi que la construction, très maîtrisée», explique à 20 Minutes Jean Mattern son éditeur français chez Gallimard. «C’est une des voix brésiliennes les plus importantes de sa génération», renchérit Leonardo Tonus, spécialiste de littérature brésilienne contemporaine à la Sorbonne. Les louanges pleuvent sur Daniel Galera, né en 1979, qui vient de sortir La Barbe Ensanglantée (Gallimard, 24,90 euros). Ce roman dense et hypnotisant raconte une enquête, celle d’un jeune homme sur son grand-père, qui aurait été assassiné par des habitants de Garopaba. Pour en retrouver sa trace, il s’installe dans cette petite commune côtière du Sud du Brésil, ancien village de pêcheurs désormais tourné vers le tourisme estival.

Atteint de prosopagnosie

Daniel Galera a emprunté le même trajet que son personnage principal en posant ses bagages à Garopaba, écrin exotique de cette enquête hasardeuse, qui finit par devenir une recherche sur soi. Dès les premières pages, le lecteur est happé par la sensualité vénéneuse qui émane du style. Et ce grâce à un subterfuge: la maladie dont est atteint le héros, la prosopagnosie. Elle se traduit par l’impossibilité de retenir les traits des visages.

«Bien sûr, cette maladie renvoie une dimension métaphorique de l’identité, explique Daniel Galera à 20 Minutes. Mais cela me permet de raconter une histoire où le personnage doit prêter attention aux détails dont la plupart des personnes n’ont pas à se soucier. Lui doit sans cese se rappeler d’éléments infimes sur ceux qu’il rencontre, qu’il aime ou qui peuvent être des menaces pour lui.» D’où l’importance des descriptions dans La Barbe Ensanglantée.

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«Galera, en argot portugais, cela veut dire gang»

Quand on demande à Daniel Galera de se souvenir de sa jeunesse, il raconte comment ses copains et lui jouaient à Stunts, un jeu vidéo de course. «On créait des circuits pour les soumettre à la conduite des uns et des autres, les circuits ressemblaient à leur personnalité.» Ce souvenir a été couché dans son précédent roman, Paluche, où les personnages portaient tous des surnoms. Et le sien? «J’en avais déjà un, mon nom de famille. Galera, en argot portugais, cela veut dire gang.» A l’adolescence, il essaie pourtant seul de créer: illustration, peinture, composition musicale… «Mais j’étais rapidement frustré par le résultat.»

D'une maison d'édition à l'écriture d'un comics

Lors de ses études de publicité, il se découvre un talent pour l'écriture, jusqu’à créer sa propre maison d’éditions, Livros do mal («les livres du mal»), en référence à Georges Bataille, qui l'a enthousiasmé, de même que Albert Camus et Philip Roth. Il a aussi écrit le scénario d’un fabuleux roman graphique, Cachalot (24 euros, éditions Cambourakis) avec le dessinateur Rafael Coutinho. «D’habitude, je n’arrive pas à travailler avec d’autres, c’est impossible, je suis trop égotiste», confie-t-il.

On ne préfère pas l’interroger pas sur le scandale politique qui secoue actuellement le Brésil et la gigantesque manifestation qui s'en est suivie. «J’ai mes opinions, je lis beaucoup la presse, mais si je m’implique là-dedans, à écrire des commentaires politiques, c’est toute mon énergie que je veux mettre au service de la fiction qui sera perdue». Tant mieux. «Avec cette nouvelle génération d'écrivains brésiliens, on quitte le monde des grands héros, explique Leonardo Tonus, on se rapproche du quotidien, avec des romans qui exposent des histoires banales, mais qui trouvent dans les petites choses de la vie l’inspiration.» Ces petites choses dont la fragilité les rend encore plus précieuses.