Agnès Soral se livre: «J’ai parfois eu la désagréable impression de m’appeler Agnès Hitler»

LIVRE Dans «Frangin», livre qui sort ce jeudi chez Michel Lafont, l'actrice tente de comprendre le parcours politique de son frère Alain Soral... 

J.M.

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Agnès Soral, le 15 mai 2014, à Cannes.
Agnès Soral, le 15 mai 2014, à Cannes. — DOIGNON PHILIPPE/LMS/SIPA

«Il est prêt à tout pour être célèbre», déclarait en janvier Agnès Soral au sujet de son frère Alain, essayiste d’extrême-droite, qui comparaissait jeudi 12 mars au tribunal pour une «quenelle» au mémorial de l’Holocauste à Berlin. Un geste qui l’a «outrée», explique-t-elle dans son livre, Frangin (Michel Lafon, 16,95€) qui paraît ce jeudi.

L'ouvrage déroule principalement les rapports tendus de la fratrie avec leur père. Mais la comédienne de 54 ans, nommée aux César pour son rôle dans Tchao Pantin, revient sur sa relation avec son frère, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. En creux, une tentative pour comprendre le parcours politique de son frère, passé de l’extrême-gauche à l’extrême-droite. «J’ai beau fouiller dans ma mémoire, je ne trouve aucune trace, dans notre passé commun, de ton antisémitisme», écrit-elle. 

«Alain revisite l’Histoire»

Ce qui avait fait sortir Agnès Soral de sa réserve en janvier 2014, c’était un projet de documentaire-fiction au Venezuela. Le gouvernement de ce pays demandait que soit justifiée la présence d’Agnès Soral sur le film, en raison de son nom de famille, associé à son frère. «J’ai parfois eu la désagréable impression de m’appeler Agnès Hitler lorsque Alain, par ses propos sur le web, implantait l’antisémitisme en banlieue.»  Aujourd'hui, le constat qu’elle fait sur son frère est sans appel: «Il revisite l’Histoire et laisse peu la parole aux autres, qu’il humilie pour les déstabiliser quand ils ne partagent pas son avis.»

Agnès Soral raconte dans Frangin que cela fait «huit ans» qu’Alain Soral, désormais proche de Dieudonné M'bala M'bala, a «rompu les ponts» avec toute sa famille. «Je t’écrirais bien une lettre mais ton adresse a dû changer depuis la dernière fois que l’on s’est vus en 2006, le lendemain de ton agression à l’acide à la suite de tes déclarations révisionnistes, par, disais-tu, « le Betar, cette jeunesse juive armée ». (…) Tu m’avais demandé d’échanger ton appartement avec celui de ma fille car tu craignais qu’on t’assassine chez toi en tirant au travers de ta porte.» 

«Quand tu seras morte, on t'oubliera. Moi, je serai dans le dictionnaire»

L'actrice se souvient de la première fois que son frère s'estimait rejeté parce que «goy». C'était en 2001, après l'échec de Confession d’un dragueur. Le film est « selon lui « culte mais rejeté par les pédés et les feujs qui tiennent le cinéma »». Un peu plus loin, elle évoque à propos de son frère devenu polémiste: «Il désigne une cible, un bouc émissaire: le juif (…) Il exploite les vieux clichés éculés du juif usurier.» Selon elle, il fut «contre les homos, mais ça n’a pas suffi, il a été de tous les bords politiques à contre-courant. Il ne reste que le FN et l’antisémitisme pour choquer et faire un coup d’éclat.»

A son frère, elle prête ces mots durs: «Quand tu seras morte, on t’oubliera. Moi je serai dans le dictionnaire.» Pour Agnès Soral, il veut sa revanche. «Alain a été pendant des années le frère de l’actrice. Il s’est battu pour que je redevienne la petite sœur d’Alain.»