Sid Meier: «Pour créer "Civilization", je m'étais dit qu'il fallait voir grand et être ambitieux»

JEU VIDEO A l’occasion de la sortie de son jeu «Sid Meier’s Starships», ce jeudi, «20 Minutes» s’est entretenu avec le créateur légendaire de la série des «Civilization»…

Propos recueillis par Joel Metreau

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Sid Meier, créateur de jeux vidéo.
Sid Meier, créateur de jeux vidéo. — Firaxis

«Encore un tour ?» Voilà l’incitation qui a fait passer des nuits blanches aux joueurs de Civilization. L’Américain Sid Meier, 61 ans, et fondateur de Firaxis Games a créé une franchise de jeux de stratégie au tour par tour qui s’est vendue à 29 millions d’exemplaires dans le monde depuis 1991. Le créateur s'explique sur ce phénomène de longévité.

Pourquoi avoir commencé votre carrière avec des simulations de bataille dans les années 1980?

C’est en partie à cause de mon associé à l’époque Bill Stealey, un ancien pilote de l’air de l’armée. On a commencé par concevoir des simulations de vol bien avant que les jeux de stratégie. Il faut voir où on en était alors: Pac Man, Space Invaders… Même un simulateur de vol, c’était lourd à fabriquer.  Pour F-19 Stealth Fighter, on avait juste 16 couleurs! La technologie était encore un frein, on avait énormément besoin de solliciter l’imagination du joueur. 

>> A lire: Sid Meier raconte son nouveau jeu, Sid Meier's Starships

Aujourd’hui, les créateurs font moins appel à son imagination?

Non. On peut lui montrer ces mondes merveilleux, avoir une bande originale enregistrée par un orchestre et Internet pour relier tout le monde. Aujourd’hui, les jeux sont beaucoup plus accessibles. Plus besoin d’être un hardcore gamer pour commencer à jouer. Mais ce qui se passe dans le cerveau du joueur est tellement plus important que ce qu’on peut lui montrer à l’écran.

En 1987, vous sortez le premier jeu qui porte votre nom: Sid Meier's Pirates. Pourquoi la piraterie?

Pour deux raisons. Il existait des jeux d’aventures textuels, très joués à l’époque, qui consistaient à rentrer des mots au clavier et puis à lire. Les histoires étaient intéressantes, on voulait la même chose mais apporter des graphismes pour se rapprocher d’un aspect cinématographique. Puis, le thème des pirates était riche: les batailles navales, les combats au sabre, les aventures épiques… Enfin, je venais de jouer à The Seven Cities of Gold  de Dan Bunten, qui offrait ce sentiment de monde ouvert qu’on voulait utiliser pour Pirates

Et comment est née la franchise Civilization?

Je jouais à SimCity, qui venait de sortir, avec son principe de «God game» ou il faut créer son monde petit à petit. Cela avait mené à notre création de Railroad Tycoon, jeu de gestion ferroviaire. Sur ce dernier jeu, on a eu de bons retours. On cherchait un autre thème, je me suis dit, «Voyons grand, soyons ambitieux !» Ce sera l’histoire des civilisations. J’ai lu quelques livres sur l’histoire du monde, les cités romaines, les inventions, la poudre à canon, la roue…

Peut-on apprendre de vos jeux?

Oui, un jour vous jouez au niveau facile, une semaine plus tard, un niveau de difficulté plus élevé. Donc on apprend à se mesurer au jeu. Puis il est aussi question d’apprendre du monde réel. Dans Civilization, on rencontre ces grands leaders, ces formidables technologies en explorant le monde…

Vos jeux nécessitent-ils des compétences particulières?

On fait appel à des compétences que tout le monde possède. Pas question de créer des jeux bizarres où il faut lire un manuel. Dans Civilization, les idées sont simples à comprendre: davantage de nourriture permet à la population de s’accroître, une armée plus puissante permet de partir à la conquête du monde…

Hormis vous, Will Wright, créateur des Sims, et Shigeru Miyamoto, de Mario, et d'autres, le grand public connaît peu les développeurs de jeux vidéo. Vous le regrettez?

A la différence de la télé ou du ciné, les développeurs doivent s’effacer par rapport au jeu et laisser le joueur devenir la vedette et créer son histoire. Et puis les jeux sont faits par des équipes pouvant dépasser une centaine de personnes, pas une seule. Certes, «Sid Meier» représente un certain type de jeu. Si vous en avez aimé un, vous pouvez vous laisser tenter par un autre. C’est devenu une marque. Par ailleurs, beaucoup de designers de jeux ne sont pas forcément bons en public! On aime parler à nos ordinateurs, pas à d’autres personnes!

Aimeriez-vous faire un jeu utilisant les casques de réalité virtuelle?

Pourquoi pas? Ce qui est amusant dans cette industrie, c’est l’apport incessant de la technologie: consoles, Internet, CD-Rom, mobiles.. Il semblerait que la prochaine vague ce soit la réalité virtuelle. Comment peut-on l'utiliser pour rendre nos jeux meilleurs? On va se pencher dessus d’ici les deux années à venir.

A part vos propres jeux, vous jouez à quoi ?

Minecraft, World of Tanks, Diablo, Starcraft, Call of Duty... J’essaie dès que j’ai le temps.