Nneka, une chanteuse nigériane appelle l'Afrique à se relever de ses malheurs

MUSIQUE La chanteuse nigériane Nneka sort «My Fairy Tales», mariage heureux de soul, d'afrobeat et de reggae... Rencontre avec une femme engagée et pleine de caractère...

Joel Metreau

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La chanteuse Nneka. Lancer le diaporama
La chanteuse Nneka. — Patrice Bart Williams
  • Née en 1981 à Warri, au Nigéria, Nneka Egbuna a entamé une carrière musicale après s'être exilée à Hambourg en Allemagne...
  • Aux Etats-Unis, elle a tourné avec The Roots, Gnarls Barkley, Nas et Damian Marley.
  • Son dernier album sorti en mars, My Fairy Tales, imprégné de sa foi, raconte la diaspora africaine et appelle à résister au malheur.

Son dernier album s’appelle Mes contes de fées («My Fairy Tales»), les histoires où le bien finit toujours par triompher. Il n'y a pas de mal. Car la Nigériane Nneka est habitée d’une foi à déplacer les montagnes. Foi en l’autre, en Dieu, en son destin aussi. A 19 ans, cette fille d’architecte et de restauratrice, élevée dans une famille aux «règles strictes» s’enfuit en Allemagne, laissant derrière elle sa ville de Warri, où elle est née en 1981. «Une cité portuaire où se côtoient beaucoup de tribus différentes, où des tensions naissent de leur affrontement, mais aussi du pétrole, et de Shell qui exploite la population», raconte-t-elle. «Mais la situation s'améliore».

Warri, ville du Nigéria. - Google Maps

 

«Même Mahomet ne comprendrait pas»

Aujourd'hui, c’est moins l’or noir qui propulse le Nigéria à la une des médias que le sinistre cauchemar Boko Haram. «Tellement de vies ont été emportées. Tellement de gens sont morts. Je ne comprends pas, se désole Nneka. Tout ça pour instaurer la charia? Même Mahomet ne comprendrait pas. Il ne voudrait pas voir tout ce sang versé», estime celle qui se qualifie de chrétienne. A la cruauté, Nneka oppose sa résilience, illustrée par son Book of Job, «une chanson sur ce qu’on est capable d'endurer», sur ce personnage commun aux trois religions monothéistes, persécuté par le Diable.  

Dieu la taquine dans son succès

A l’en croire, Nneka serait soumise tous les jours à des épreuves: «Quand je vais trop vite, Dieu m’incite à ralentir, et je le perçois dans des petits détails, confie-t-elle. Par exemple, si je suis sur scène, que je me sens fière et que j’attrape la grosse tête, Dieu va me ralentir. Peut-être qu’il dressera un cable qui me fera tomber sur scène ou qu’il s’amusera avec le micro», explique-t-elle dans un sourire. Un Dieu taquin plus que vengeur.

La chanteuse Nneka. - Patrice Bart Williams

 

Nneka continue donc de pratiquer l’humilité comme vertu. En se souvenant d’une maison de disques qui lui a reproché son aspect «trop vrai, trop proche des gens, pas assez sophistiquée», la colère la ronge. Pendant l’enregistrement de My Fairy Tales, elle travaille dans une boutique de fringues à Paris. Avant, elle a fait des boulots plus pénibles en Allemagne, par exemple «dans une entreprise où des médecins et ingénieurs immigrés nettoyaient les toilettes. Le boss, lui-même nigérian, les traitait mal parce qu’ils n’avaient pas de titre de séjour.»

En montant sa propre ONG, la fondation Rope, ou en participant comme juré à une émission au Nigéria, elle tente de renvoyer l’ascenseur, d'aider les plus jeunes générations. Avec de nouvelles déconvenues. Le télécrochet musical Nigerian Idol«Je n’étais pas très contente de la manière dont on travaillait en coulisses. C’était dur pour les jeunes. On est supposés les encourager, pas les enfoncer.» Pour eux, son album My Fairy Tales pourrait résonner comme un acte d'encouragement. 

La chanteuse Nneka. - Patrice Bart Williams

Admiratrice de Bob Marley et de Keziah Jones

A Hambourg, Nneka avait commencé à percer sur la scène musicale alors qu’elle menait des études d’archéologie et d’anthropologie. Quelques albums plus tard, cette admiratrice du reggae (Peter Tosh, Bob Marley, Majek Fashek...) et de l'afrobeat (Fela Kuti, Lagbaja et surtout son compatriote Keziah Jones) a posé ses affaires en France pour y apprendre la langue («j’adore le subjonctif») afin d'obtenir un diplôme, «nous les Nigérians on adore ça», s’esclaffe-t-elle. Elle s’émerveille de Paris, de ses monuments qu’elle reproduit en dessin, et «des couples noir et blanc qui se tiennent par la main». Chez Nneka, l'amour finit toujours par l'emporter.