2014, année de tous les records pour le marché de l'art

ENCHERES Le chiffre d'affaires des ventes aux enchères a bondi de 26% en un an et de plus en plus d'œuvres dépassent le million de dollars...

C.M. avec AFP
Des œuvres d'Andy Warhol en vente chez Christie's à New York le 12 novembre 2014.
Des œuvres d'Andy Warhol en vente chez Christie's à New York le 12 novembre 2014. — Don Emmert / AFP

2014 a été une année exceptionnelle pour les enchères d'œuvres d'art dans le monde avec un chiffre d'affaires historique en hausse de 26% sur un an. Il est ainsi passé de 12,5 milliards en 2013 (11,150 milliards d'euros) à 15,2 milliards de dollars (13,5 milliards d'euros) en 2014. «Un résultat époustouflant, en progression de 300% en une décennie», a déclaré à l'AFP Thierry Ehrmann, président-fondateur d'Artprice, leader mondial des données sur ce secteur, qui a transmis en exclusivité à l'AFP son rapport annuel. Ce boom s'accompagne d'un taux d'invendus de 37% en Occident et de 54% en Chine, qui «démontre l'absence de spéculation», selon Thierry Ehrmann.

L'année 2014 a également été marquée par un record de 1.679 enchères supérieures ou égales à un million de dollars (891.700 euros), soit quatre fois plus qu'il y a dix ans. 125 œuvres ont été vendues 10 millions de dollars (8,92 millions d'euros) ou plus (hors frais), contre seulement 18 en 2005.

La demande dopée par les ouvertures de musées

Talonnée par les Etats-Unis, la Chine reste en tête avec un chiffre d'affaires de 5,6 milliards de dollars (incluant Hongkong et Taïwan), en baisse de 5% par rapport à 2013. Malgré ce ralentissement, elle l'emporte sur son rival américain, notamment «parce qu'elle dispose du plus grand marché d'œuvres anciennes», note Thierry Ehrmann. 2014 a en revanche été exceptionnelle aux Etats-Unis avec une progression de 21% à 4,8 milliards de dollars (4,28 milliards d'euros). Belle performance également de la Grande-Bretagne (+35%), qui conforte sa troisième position avec 2,8 milliards de dollars (2,50 milliards d'euros).

«La demande est constante et agressive, et ce, sur tous les continents, souligne Thierry Ehrmann, notamment grâce à l'industrie muséale». «Il s'est créé plus de musées entre 2000 et 2015 que durant tout le 19e et le 20e siècle et il s'ouvre, dans la Grande Asie, un musée par jour», écrivent le président-fondateur d'Artprice.com et le président du groupe Artron, Wang Jie. Or, ajoutent-ils, «un musée a besoin d'un minimum de 3.000 à 4.000 œuvres de qualité pour être crédible» et «n'a pas vocation à se défaire de ses acquisitions», comme un simple collectionneur.

Wahrol en tête des ventes de 2014

Si les enchères dépassant le million de dollars ne représentent que 0,4% du marché, elles sont «essentielles pour que perdure la puissance des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne», souligne le rapport. 83 des 125 adjudications à dix millions de dollars ou plus ont été réalisés aux Etats-Unis. Ces ventes représentent seulement 1% des lots dispersés mais 75% du volume d'affaires américain. L'une des enchères les plus spectaculaires a concerné un tableau de l'Américain Barnett Newman de 1961 (Black Fire 1), estimé 39 millions de dollars et vendu 84 (avec frais) en mai chez Christie's. Mais c'est Andy Warhol qui l'emporte haut la main avec un montant de 569 millions de dollars pour les enchères de ses œuvres en 2014.

Le très haut de gamme a aussi dopé le marché britannique, où les œuvres cédées plus d'un million ont représenté 67% des ventes.

La barre du milliard pourrait être franchie

Selon Artprice, le marché, après avoir atteint les 100 millions de dollars pour une œuvre dans les années 2000, est à la veille d'un nouveau changement d'échelle. Début février, un collectionneur suisse a cédé en vente directe une toile de Gauguin pour 300 millions de dollars (267,6 millions d'euros), selon le New York Times. La barre du milliard pourrait être franchie prochainement, estime Artprice. Alors qu'«il y a 20 ans, l'Amérique et l'Europe représentaient plus de 95%» des ventes, explique Thierry Ehrmann, le marché de l'art est désormais «présent sur tous les continents sans exception». Il «devient un investissement à part entière, fiable, stable dans le temps et beaucoup moins sujet à des retournements violents que le marché des actions».