Preview BD: Découvrez les 11 premières planches du magistral «Don Quichotte» de Rob Davis

BD Les éditions Warum et «20 Minutes» ont le plaisir de vous présenter les onze premières planches d'une nouvelle – et exceptionnelle — adaptation dessinée de «Don Quichotte».

Olivier Mimran

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«Don Quichotte», la BD
«Don Quichotte», la BD — Rob Davis & éd. Warum 2015

Plus de quatre siècles après sa création, le héros du romancier espagnol Miguel de Cervantès n'en finit plus d'inspirer les créateurs contemporains. Et si le britannique Terry Gilliam a dû renoncer à adapter Don Quichotte au cinéma, un de ses compatriotes, l'auteur Rob Davis, a su mener son projet à terme en transposant les aventures du filiforme chevalier errant en bande dessinée. 20 Minutes a demandé à l'éditeur de la version française et à un spécialiste de l'œuvre de Cervantès de commenter son admirable travail. Retrouvez leurs éclairages à la suite de la preview ci-dessous. Bonne lecture!


Résumé du tome 1: Féru de romans de chevalerie, un vieux gentilhomme homme décide d’à son tour «combattre les maux de ce monde pour rétablir la justice». Affublé d’une armure rouillée et d’un heaume à visière de carton, monté sur son malingre destrier, celui qui s’est surnommé «Don Quichotte de la Manche» quitte sa petite ville en quête d’aventures. Accompagné par un naïf garçon de ferme, Sancho Panza, qu’il a fait son écuyer, Don Quichotte va voir ses rêves de gloire se heurter au mur de la réalité…

Un héros «d'une modernité folle»

Même s’il est d’abord une icône de la littérature espagnole, Don Quichotte est surtout un (anti)héros résolument universel. C’est d’abord dû à la forte empathie que ce «loser» magnifique, qui se fait rosser plus souvent qu’à son tour, suscite génération après génération: «Il nous apparaît comme un rêveur animé par un idéal que le monde où il vit refuse d’admettre», confirme Jean Canavaggio, professeur émérite de littérature espagnole à Paris X-Nanterre et spécialiste de Cervantes (il a traduit Don Quichotte pour La Pléiade). Sans compter que le roman reste «d’une modernité folle», selon Wandrille, co-créateur des éditions Warum: «Don Quichotte comprend des pages féministes – alors qu’il a été écrit en 1605!- et des questionnements sur la sexualité, la religion et ses dérives, l’homosexualité et le travestissement etc.».

La BD, médium idéal?

Rien de plus normal, donc, à ce que cette légende continue d’être déclinée sous toutes les formes. Et la BD, par essence très «visuelle», est peut-être la plus à même de restituer les multiples dimensions qui animent cette œuvre unique. «La bande dessinée permet de faire connaître les aventures de Don Quichotte à un public qui n’accède que rarement à la lecture, un peu comme l’ont fait les ballets et les mascarades au XVIIe siècle», souligne Jean Canavaggio. «Grâce aux moyens dont elle dispose, elle rend immédiatement sensible l’opposition entre Don Quichotte et Sancho, mais aussi leur complicité, ainsi que les tonalités contrastées des différentes situations qu’ils vivent».

Situations loufoques et personnages dingues

De fait, le travail d’adaptation de l’anglais Rob Davis (Judge Dredd, Docteur Who) est admirable en ce qu’il respecte la forme et l’esprit profondément vaudevillesque de l’œuvre originale. «Rob a fait le choix d’un dessin qui donne la part belle au côté humoristique de l’œuvre de Cervantès. C’est bienvenu après des années d’adaptation en réalisme historique – complètement à côté de la plaque, selon moi», approuve Wandrille. «Mais le plus incroyable, c’est que les situations abracadabrantes et barrées de la BD ne sont absolument pas des créations de Rob Davis! Tout le monde connaît l’épisode dans lequel Don Quichotte s’attaque à des moulins à vent. Ça arrive dans le chapitre 5 du premier livre. Or il y a 72 autres chapitres, avec des situations tout aussi loufoques et des personnages dingues».

Vivante, colorée et riche d’audaces formelles, cette magistrale adaptation de Rob Davis – dont le second volume en français paraîtra fin 2015 — a été nommée deux fois aux prestigieux Eisner Awards 2014. Une distinction archi-méritée pour un album qui - c’est certainement la plus belle des récompenses - poussera immanquablement à se (re)plonger dans la lecture du roman, ô combien éternel, dont il s’inspire.

«Don Quichotte» tome 1/2, de Rob Davis (d'après Cervantes) - éd. Warum, 20 euros