Roger Hanin enterré dans son quartier natal d'Alger

DECES L’acteur, décédé mercredi à Paris, sera inhumé à côté de la tombe de son père ce vendredi…

A.G. avec AFP

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L'acteur Roger Hanin au Théâtre de Marigny à Paris, en 2001
L'acteur Roger Hanin au Théâtre de Marigny à Paris, en 2001 — Manoocher Deghati AFP

Un retour à terre natale rarissime pour un pied-noir. Le corps de l'acteur français Roger Hanin, mort mercredi à Paris à l'âge de 89 ans, est arrivé ce vendredi par avion en Algérie pour y être enterré. La dépouille était à bord du vol régulier AH 1009 de la compagnie Air Algérie en provenance de la capitale française. L'appareil a atterri à 09H54 à l'aéroport d'Alger, selon des sources aéroportuaires.

Le cercueil devait être transporté directement vers le cimetière israélite de Saint-Eugène, à Alger, autour duquel un léger dispositif de sécurité a été déployé dès les premières heures de la matinée. Roger Hanin y sera inhumé, selon ses voeux, à côté de la tombe de son père. 

«Il portrait l’Algérie au cœur» 

Ce retour est inédit pour un pied-noir, ces Européens ayant quitté l'Algérie à l'indépendance en 1962. «Une telle demande est très rare. Il suffit de voir le carré juif de Pantin (dans le nord de Paris): il y a énormément de juifs d'Algérie», observe l'historien Benjamin Stora, né à Constantine. Selon lui, Roger Hanin «était français mais il portait l'Algérie au coeur et vivait le départ vers la France comme un exil».

Seuls quelque 300 juifs habitent encore en Algérie, la plupart dans la capitale. Leur nombre dépassait les 130.000 à la fin des années 1950 mais la plupart ont décidé d'être rapatriés en France en 1962, à la fin de la guerre d'indépendance.

«Symbole» de l'amitié franco-algérienne

«Plus qu'un attachement à la terre natale», la décision de Roger Hanin «exprime une identité-authenticité algéroise», car un Algérois «revient toujours dans sa ville», juge un habitant de Bab El Oued, âgé d'une cinquantaine d'années. Il souligne d'ailleurs que «plusieurs formules de l'acteur sont puisées dans sa jeunesse algéroise».

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a rendu hommage à l'acteur, un «symbole de l'amitié entre les peuples algérien et français». L'Algérie «s'honore de recevoir, sur sa terre, la dépouille de cette sommité de la culture moderne», a fait savoir Abdelaziz Bouteflika dans un communiqué, en précisant que Roger Hanin sera «enterré avec tous les honneurs et le respect dus à sa personnalité, son parcours et la grandeur de son âme».

Le site de Saint-Eugène Bologhine est le dernier cimetière de la communauté juive d'Alger, qui a été l'une des plus importantes d'Afrique du nord. Le quartier fait face à la mer et est dominé par la cathédrale Notre Dame d'Afrique. S'y côtoient aussi un cimetière chrétien et une ancienne synagogue que les autorités voudraient rouvrir pour faire du quartier un symbole de la coexistence entre les religions dans ce pays où les juifs forment une toute petite communauté invisible, a confié un représentant de la communauté juive.

Converti au catholicisme

Dans la vieille ville, la Casbah où est né l'acteur, la croix de David et la main de Fatma cohabitent encore sur le fronton de certaines maisons, témoignant d'une coexistence paisible entre musulmans et juifs.

Après la naissance de Roger Hanin en 1925, ses parents déménagèrent à Bab-el-Oued, qui fut le symbole de la mixité sociale pendant la colonisation. L'acteur, qui s'était converti au catholicisme en se mariant, s'était qualifié de «100% casher sur le plan génétique». «Je suis fils de communiste et petit-fils de rabbin. Je me sens très juif».