VIDEO. Pumeza Matshikiza met de la couleur dans le chant lyrique

MUSIQUE La soprano sud-africaine est l’une des seules cantatrices noires à s’être imposée au niveau mondial…

Benjamin Chapon

— 

La chanteuse lyrique sud-africaine Pumeza Matshikiza
La chanteuse lyrique sud-africaine Pumeza Matshikiza — Simon Fowler/Decca

La soprano sud-africaine est une cantatrice réputée du monde de l’opéra. A 35 ans, elle écume les scènes les plus prestigieuses au sein de productions de niveau international. Sa technicité est vantée, sa voix haute et claire encensée. «Très heureuse» de sa situation, elle a tout de même ressenti le besoin de sortir un album sous son nom, intitulé The Voice of Hope.

«Le plus simple serait de dire que je le fais pour l’argent et la gloire», rigole la jeune femme. The Voice of Hope mêle arias classiques, chants traditionnels sud-africains et chansons des années 1960. «Toutes ces chansons constituent ce que je suis humainement et d’où je viens musicalement.»

Le parcours de Pumeza Matshikiza ressemble à un joli conte de fées. Fille des townships du Cap, née sous l’Apartheid et élevée par une mère seule, elle a découvert la musique classique à la radio. De chœurs d’églises en diplômes d’écoles de musique, Pumeza Matshikiza tente sa chance auprès des grandes institutions. «Il s’est toujours trouvé des gens à qui j’ai osé demander de l’aide et qui, en regardant ce que j’avais déjà accompli, ont accepté de m’aider.»

Cap sur l'Amérique

Arrivée à Londres à 24 ans, Pumeza Matshikiza se fait peu à peu une place parmi l’élite des chanteuses lyriques. «C’est un milieu très hiérarchisé mais où l’on a, en tant que débutante, la possibilité d’apprendre vite en observant nos aînées. Je suis très impatiente dans la vie mais pas dans mon travail. En musique, le secret c’est de respecter le tempo.»

Après Londres, Pumeza Matshikiza explose en Allemagne, plus spécialement à Stuttgart où elle est désormais basée. «Je voudrais aller quelques mois aux Etats-Unis dans un avenir proche pour découvrir une autre méthode de travail. Mais je me sens proche de la culture européenne.»

Le racisme en sourdine

Si la qualité de sa voix saute aux oreilles dès les premières notes, Pumeza Matshikiza sait bien que les gens voient la couleur de sa peau avant tout. «Je n’ai jamais été réellement victime de racisme dans ma carrière. Je ne dis pas que ça n’existe pas, je sais que ça existe. Mais je ne l’ai jamais éprouvé.» Au contraire, la chanteuse croit savoir que certains metteurs en scène l’ont choisi parce que sa personnalité et sa couleur de peau détonnaient par rapport au personnage qu’elle devait incarner. «En Allemagne, les metteurs en scène cherchent souvent des adaptations originales et modernes. Je dois trouver ma place là-dedans et m’y sentir bien parce que le soir, sur scène, c’est moi qui chante, pas le metteur en scène.»

Plus que sa couleur de peau, Pumeza Matshikiza estime que l’obstacle le plus compliqué à franchir aura été la pauvreté. «J’aimerais m’investir dans ma fondation en Afrique du Sud pour permettre aux enfants défavorisés d’entre en contact avec des œuvres d’art. Parce qu’une fois qu’on a rencontré l’art, votre vie en est bouleversé pour toujours.»