«Cobra»: Le succès de la série d'animation japonaise raconté en cinq points

MANGA La série d’animation originale «Space Adventure Cobra», créé en 1982, sort pour la première fois en Blu-Ray en France. Retour sur un héros de la japanimation...

Joel Metreau

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Cobra avec son Psychogun. Lancer le diaporama
Cobra avec son Psychogun. — BUICHI TERASAWA/A-GIRL RIGHTS・TMS
  • «Space Adventure Cobra» sort pour la première fois en Blu-Ray en France.
  • Diffusé dans l'Hexagone en 1985, la série d'animation a laissé un souvenir très fort auprès des jeunes téléspectateurs.
  • Saga de science-fiction, la série mélange piraterie, western et aventures spatiales, le tout saupoudré d'un zeste d'érotisme.

En 1985, débarque sur la télévision française, d’abord Canal+ puis Antenne 2, une série d’animation qui deviendra culte. Trente ans plus tard, Space Adventure Cobra connaît une sortie en Blu-Ray dans l’Hexagone sur le label @anime. Où est né Cobra? Quelle est la descendance de cet anti-héros dont un bras dissimule un redoutable psychogun? Explications avec Marie Pruvost-Delaspre, enseignante en cinéma à l’université Paris-III et spécialiste de l’animation japonaise.

Créé dans le magazine «Shonen Jump»

Cobra prend vie en 1977 dans Shonen Jump, magazine de mangas pour adolescents, «le plus important et pérenne sur la durée, note Marie Pruvost-Delaspre. Il est également réputé pour lancer des séries populaires.» Une vingtaine d'années plus tard, sortiront les Naruto, Bleach et One Piece, qui connaîtront un immense succès. Cobra est donc d’abord proposé par petits chapitres, avant d'être regroupés en mangas, adossé à l’éditeur Shūeisha. «Ce mode de production, de prépublication d’un chapitre par semaine, nécessite un système d’assistants, afin que l’auteur puisse fournir dans les délais», pointe Marie Pruvost-Delaspre.

Cobra, un pirate dont la tête est mise à prix. - BUICHI TERASAWA/A-GIRL RIGHTS・TMS

 

Des assistants d’Osamu Tezuka

Le créateur de Cobra, c’est Terawasa Buichi, qui lui-même fut l’assistant d’un des fondateurs du manga japonais, Osamu Tezuka, père d’AstroBoy. «Certes, ils ne partagent pas le même univers graphique, explique Marie Pruvost-Delaspre. Mais les deux éprouvent un même attrait pour la science-fiction. De plus, le réalisateur de la série d’animation fut aussi un disciple de Tezuka. Osamu Dezaki, également réal des séries Rémi sans famille, Lady Oscar et L’Île au trésor, «invente des formes particulières avec une exubérance dans la mise en scène: split-screens, plongée et contre-plongées très forts ainsi que plan arrêté pour donner accès à l’intériorité du héros», raconte l'universitaire.

Cobra toujours bien entouré. - BUICHI TERASAWA/A-GIRL RIGHTS・TMS

 

Un space opera qui mélange les genres

Un homme cybernétique, des pirates, des femmes fatales, un zeste d’érotisme, Cobra mélange les styles. «On retrouve ce côté patchwork dans d’autres séries, comme Goldorak, qui mettait côte à côte une ferme de western et des aliens de l’espace», remarque Marie Pruvost-Delaspre. Terasawa admirait aussi la série Star Trek. «Cobra fait des références au film Barbarella mais aussi au réalisateur français d'animation René Laloux, puisqu’une planète porte son nom.» A la fin des années 1970, le space opera est très présent dans l’animation japonaise, à l’exemple du Capitaine Harlock (Albator) de Leiji Matsumoto.

Armanoïde, la compagne inséparable de Cobra. - BUICHI TERASAWA/A-GIRL RIGHTS・TMS

 

Des liens avec la France

Le anti-héros Cobra a été dessiné d’après le visage de Jean-Paul Belmondo. «Son style flegmatique renvoie à celui de l’acteur dans ses films d’aventures des années 1960, comme L’Homme de Rio». Selon l'enseignante, les prénoms de deux personnages-clé, Dominique et Catherine sont inspirés par deux actrices montantes dans les années 1970: Dominique Sanda et Catherine Deneuve. En France, Alexandre Aja témoigne de son intérêt pour adapter la série au cinéma. Mais le projet est toujours dans les cartons. Autre réalisateur épris de SF, Luc Besson est un admirateur de Cobra. D’ailleurs, il rencontre Terawasa Buichi lors de la promotion du Cinquième Element au Japon.

Le vaisseau spatial de Cobra peut épouser la forme d'un serpent. - BUICHI TERASAWA/A-GIRL RIGHTS・TMS

 

Les héritiers de Cobra

Avec son jeu humoristique et ses références sexuelles, Cobra trouve un écho chez le détective Nicky Larson (City Hunter), dont certains passages crus de la série sont censurés lors de la diffusion en France. Mais il ne s'agit pas de SF. «Aujourd’hui, les séries d’animation de Shinchiro Watanabe s’inscrivent dans un certain héritage de Cobra, affirme Marie Pruvost-Delaspre. D’abord avec Cowboy Bebop, grâce à son aspect nostalgique et second degré. Puis plus récemment avec Space Dandy, au ton ironique.» Et assez coquin.