Festival d'Angoulême: «Le Grand Prix à Ōtomo ne changera rien au statut du manga en france»

MANGA Les réactions des professionnels face au Prix décerné à un mangaka sont diverses...

Olivier Mimran

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Le dessinateur de mangas, le Japonais Katsuhiro Otomo, auteur de la série culte "Akira", le 12 décembre 2014 à Tokyo
Le dessinateur de mangas, le Japonais Katsuhiro Otomo, auteur de la série culte "Akira", le 12 décembre 2014 à Tokyo — Yoshikazu Tsuno AFP

«C'est génial parce que Katsuhiro Ōtomo est le Kubrick de la BD», déclarait à 20Minutes Benoît Mouchart, ancien directeur artistique du festival et directeur artistique de Casterman BD, à l'annonce du Grand Prix du festival de la BD d'Angoulême. Mais si la distinction du mangaka japonais a d'abord été accueillie avec enthousiasme, les réactions sont en réalité plus nuancées.

D'abord celles des lecteurs eux-mêmes, qui n'en faisaient pas leur favori. Il en va de même pour certains spécialistes, comme Olivier Fallaix, ex-rédacteur en chef du magazine AnimeLand qui tempère la portée de l'événement: «Le Grand Prix à Ōtomo ne changera rien au statut du manga en France, qui n'a pas attendu Angoulême pour occuper 30% des linéaires en librairie».

L'annonce de difficultés

Jacques Glénat, l'éditeur français historique d'Ōtomo, reste lui-même modéré. Non qu'il ne saisisse la portée de l'événement, qui «montre que le festival d'Angoulême a enfin réuni la grande famille de la BD –franco-belge, comics et manga- au complet», mais parce qu'il redoute que la fête espérée ne vire au flop: «Lorsqu'un auteur reçoit le Grand Prix, il préside l'édition suivante du festival. Et j'ai peur qu'il soit très très dur de faire venir Katsuhiro Ōtomo. D'abord parce que les artistes japonais sont toujours inquiets à l'idée de quitter leur archipel, ensuite parce qu'il faudra négocier avec son éditeur local, Ködansha, avec lequel Ōtomo ne file pas le parfait amour. Mais on fera quand même l'impossible pour que ça arrive».

L'auteur d'une seule oeuvre

Dans les ruelles d'Angoulême, c'est plutôt la circonspection qui règne. Gaël, un mangavore «de la première heure, «qui ne vit que manga depuis 20 ans» raconte à 20Minutes ne pas comprendre pourquoi c'est l'auteur d'une seule œuvre (ndr: en l'occurrence Akira, crée en 1982 et publié en France en 1990, même si Katsuhiro Ōtomo a signé des scénarios et collaboré à des animes et films depuis) que l'on a récompensé. Jacques Glénat reconnait que la question est fondée: «C'est un artiste très sensible, qui a eu du mal à se remettre de cette œuvre monumentale, dont le succès planétaire l'a littéralement secoué. Mais vous avez vu, dans le petit film qu'il a adressé au festival pour le remercier, il déclare “espérer que ça lui redonnera le courage de se remettre à dessiner!”»

 «Ce serait une bonne nouvelle», enchérit Olivier Fallaix, «car ça permettrait aux lecteurs actuels de mangas, issus d'une génération biberonnée aux animes Japonais, de découvrir que le genre qu'ils adorent ne se réduit pas à de grosses bastons et à des récits hyperlinéaires».