Festival d’Angoulême : Les instits boudent l’expo « Charlie Hebdo»

BD Une grande exposition du musée de la BD d’Angoulême est consacrée à l’histoire de «Charlie Hebdo»…

Benjamin Chapon

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Des visteurs à l'exposition en hommage à Charlie Hebdo au musée de la BD à Angoulême, le 29 janvier 2015 Lancer le diaporama
Des visteurs à l'exposition en hommage à Charlie Hebdo au musée de la BD à Angoulême, le 29 janvier 2015 — CIBD

«Ne passe pas par cette rue, y’en a.» Une institutrice file un tuyau à sa collègue, elle aussi accompagnée d’une ribambelle d’écoliers venus au festival de la BD d’Angoulême. Le détour, sous la pluie, est motivé. «On évite les affiches de Charlie Hebdo, parce que les gamins les prennent en photo avec leurs téléphones et ça va faire des histoires avec les parents.» Comme chaque année, Séverine amène sa classe de CM1 à Angoulême pour voir deux ou trois expositions et rencontrer des dessinateurs. Mais cette année, le festival a rendu hommage à Charlie Hebdo en placardant d’anciennes unes emblématiques sur les abris bus et les panneaux électoraux. «Franchement, pour les gosses, c’est pas possible.»

Des unes emblèmatiques de Charlie Hebdo ont été placardées à Angoulême pendant l efestival de la BD 2015 - B.Chapon

Exposition explicite et lyrique

Salomé, prof de dessin d’un collège de la ville a fait le même constat. Venue en repérage dès le jeudi pour visiter l’exposition, elle a bravé les mesures de sécurité drastique pour découvrir l’hommage du musée de la BD aux dessinateurs assassinés dans l’attaque contre Charlie Hebdo. «L’exposition est riche et passionnante. Avec un professeur de Français, nous avons monté un programme autour de la satire et de la caricature pour nos classes, ça tombe à pic. Mais j’ai décidé de ne pas amener les enfants.»

Des visteurs à l'exposition en hommage à Charlie Hebdo au musée de la BD à Angoulême, le 29 janvier 2015 - CIBD
 

Ni les caricatures de Mahomet ni les dessins politiques ne posent problème, mais ceux «à forte connotation sexuelle, oui. On a des préadolescents, tout ce qui a un rapport au sexe, c’est de la dynamite. Les dessins sont parfois très crus.»

«Vous allez nous saquer»

En revanche, avec quelques autres professeurs de dessins, Salomé voudrait, en collaboration avec le musée de la BD, organiser une visite sur le thème du dessin satirique de presse. «J’ai fait plusieurs cours sur la caricature avec mes élèves. Après les attentats, on a eu beaucoup de débats. Les élèves étaient choqués.» Quelques semaines avant les attaques, la classe s’était pliée à l’exercice de la caricature. «Pour que ça ne dégénère pas en règlement de comptes entre les élèves, je leur ai demandé de me dessiner. Ils étaient gênés et me disaient «Si on fait ça, vous allez nous saquer.» Je voulais justement leur faire saisir l’enjeu d’une caricature.»

Pour ces élèves, la leçon de la liberté d’expression et de son prix «a été assimilée», assure le médiateur du musée. Pour celle sur «la tradition grivoise à la française», ce sera pour une autre fois.