Festival d'Angoulême: des auteurs yankees en charentaises

BD Le festival d'Angoulême accueille une faible, mais qualitative, délégation d'auteurs américains...

Benjamin Chapon

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Image tirée de la BD The Wake (Urban Comics)
Image tirée de la BD The Wake (Urban Comics) — S.Murphy

La 42e édition du festival de la BD d'Angoulême est sous pavillon américain avec la présidence de Bill Watterson. Pourtant, à l'instar de ce président, grand absent, les auteurs américains sont quasiment invisibles à Angoulême alors que les ventes de comics US explosent depuis quelques années. Heureusement, à l'initiative de Urban Comics, éditeur français des BD DC Comics, quelques stars du comics américains font désormais le déplacement en Charente.

Cette année, Scott Snyder, scénariste de Batman et American Vampire, notamment, venait présenter sa nouvelle BD, The Wake, dessinée par Sean Murphy. «l'ambiance est formidable ici, s'enthousiasme Scott Snyder. Aux États-Unis, on nous parle toujours de nos chiffres de vente. Là, on nous parle de notre méthode de travail, de nos univers, de nos références... C'est assez exotique pour nous.»

Rendez-vous à Angoulême

Brian K. Voghan, connu en France pour sa série Y, le dernier homme, est à Angoulême accompagné de Fiona Staples qui met en dessin la série Saga: «Angoulême nous donne l'occasion de nous voir, rigole le scénariste. On se voit deux ou trois fois par an. D'habitude, on échange par mail.»

L'attelage Voghan-Staples est typique des méthodes de travail à l'américaine. Un scénariste star se voit proposer par son éditeur un jeune talent du dessin pour mettre en images son nouveau scénario. Si l'un et l'autre vantent «la facilité exceptionnelle» de leurs échanges, leur relation est à sens unique. Pour preuve, la dessinatrice ignore la fin de l'histoire de Saga.

«Une vraie oeuvre»

Scott Snyder et Sean Murphy au contraire décrivent une méthode de travail en osmose faite de longs échanges. Amis, voisins, ils sont une exception dans leur pays. «On a cette contrainte de 22 pages par mois et une grosse pression, raconte Scott Snyder. C'est super pour nous de découvrir l'édition française de The Wake. On a l'impression d'avoir fait une vraie œuvre.»

Moins connu que son ami scénariste, Sean Murphy sait que l'aura de Scott Snyder lui donne une grande liberté, même s'ils ont une obligation de résultat. «On voulait vraiment finir notre histoire. Mais aux États-Unis, si une série ne marche pas, elle est arrêtée. Alors on a conçu une histoire assez courte.»

Qualité de lire à la française

Habitués aux gigantesques «conventions» américaines où les dédicaces sont payantes, ces auteurs jettent un regard tendre sur le festival d'Angoulême. La forte proportion de lectrices les surprend. De même que l'attention portée aux planches originales, exposées comme des toiles de maîtres.

«La BD est une industrie aux États-Unis, explique Scott Snyder. Il faut produire, produire, produire. Et on n'a pas souvent l'occasion de prendre du recul sur notre travail. Même si je ne lis pas le français, j'ai adoré relire les premiers épisodes d'American Vampire dans l'édition française. Je n'en avais jamais eu l'occasion.»