«Me mettre en danger m’évite de m’endormir»

Propos reccueillis par Alice Antheaume

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Pierre Lapointe
Pierre Lapointe — DR
Pierre Lapointe, le chanteur star au Québec, fait une percée remarquée en France et part sur les routes de l’hexagone pour une série de concerts. «La vraie vie de tournée, avec le van, et la valise, s’enthousiasme le chanteur. Pas comme au Québec où on rentre dormir chez soi après les concerts… certes tard, mais on rentre». Interview d’un jeune Québécois pour qui l’introspection n’est pas un vain mot.

Aller au printemps de Bourges et faire la première partie de Brigitte Fontaine, est-ce la réalisation du «rêve français»?
J’écoutais Brigitte Fontaine quand j’étais dans la voiture de mes parents, plus jeune, et aujourd’hui, j’ai eu la chance de chanter avec elle «La Symphonie pastorale» à la télévision (un duo à découvrir bientôt sur TV5, ndlr). Elle n’a pas voulu répéter avant. Je me suis dit que je n’allais pas faire de chichi, alors que, bon, franchement, c’était trop haut pour ma voix. Et puis, on l’a fait devant la caméra.
Pour un Québécois comme moi, une artiste comme Brigitte Fontaine paraissait inabordable. Faire un duo avec elle, c’est fou. C’est comme si la boucle était bouclée.

L’une de vos chansons s’intitule «Qu’en est-il de la chance?». Etes-vous verni en ce moment?
Mon premier album s’est vendu à 30.000 exemplaires au Canada en une seule semaine. Je me suis retrouvé numéro 1 dans le Canada anglophone et dans le Canada francophone. Cela n’arrive presque jamais. La seule qui a fait ça, avant, c’était Céline Dion. On pourrait donc croire que je suis chanceux.
Mais la vraie chance, on l’a en travaillant. Pendant des heures et des heures. C’est une discipline que je m’impose, même si c’est douloureux.

Pourquoi douloureux?
Ouh là, cela devient psychologique. Douloureux parce que j’ai un côté obsessionnel que je sublime dans la création. Mais cela ne se fait pas sans mal. Parfois, je suis devant une œuvre d’art contemporain qui m’interpelle mais que je ne comprends pas. Comme cette expo de Matthieu Barney au Guggenheim que j’étais allé voir il y trois-quatre ans. Je n’en ai pas dormi pendant des mois. Je n’arrivais pas à passer à autre chose. D’ailleurs, enfant, je me voyais en Jell-O (dessert anglo-saxon à base de gélatine, ndlr), ce truc qui continue à bouger pendant 5 minutes après qu’on l’a touché.
Je me suis calmé maintenant. Mais j’en ai gardé des traces, comme lorsque j’écoute une chanson. Je me la repasse en boucle, à l’infini.

Pourtant, vous avez un rythme de production assez intense de chansons, de spectacles…
J’aime l’éphémère. La scène, c’est de l’éphémère. On regarde et c’est fini. Quatre mois seulement après mon premier album, on a fait un show expérimental avec des nouvelles chansons. Les gens me disaient: «Mais pourquoi tu ne fais pas les chansons de ton album? Fais attention, tu vas te casser la gueule». Je n’ai pas peur de faire faillite. Me mettre un peu en danger, cela m’évite de m’endormir.
Ma première maquette musicale, je l’avais autoproduite avec une bourse et aujourd’hui, les gens appellent pour savoir où la trouver. Mais ils ne la trouveront pas, pas question de la reproduire maintenant. On aurait pu faire un gros coup d’argent en la rééditant, mais cela ne m’intéresse pas.

Comment composez-vous?
Je ne prends pas de note, j’établis des pactes avec mon cerveau: si certaines mélodies doivent resurgir de mon passé, elles renaissent dans ma mémoire; sinon, c’est qu’elles doivent rester oubliées.
Quand je compose, je ne me souviens plus du temps que cela m’a pris ni de où j’étais. Je sais simplement que j’ai crée quelque chose. Comme si j’étais en auto-hypnose, l’espèce de subconscient des dadaïstes.
Le mystère, cela ajoute beaucoup à la création.
Tournée
20 avril Printemps de Bourges
21 avril St Nazaire
24 avril Rennes / Festival Mythos
25 avril Paris / Cigale
26 avril Paris / Cigale
27 avril Caen / Le Cargö
28 avril Tourcoing / Théâtre de Tourcoing
2 mai Lyon
3 mai Bordeaux / Théâtre Jean Villar d’Eysine
12 juillet La Rochelle / Francofolies
17 juillet Pau / Theatre de Verdure (1er partie de Higelin)
20 juillet Capbreton / les deferlantes Francophones
21 juillet Boulogne sur mer / festival de la Cote d’Opal
22 juillet Spa (Belgique) / Francofolies
23 juillet Annecy
24 juillet Nyon (suisse) / Paleo festival de Nyon