Festival d'Angoulême: Cinq choses à savoir sur Bill Watterson

BANDE DESSINEE Bill Watterson, président de l’édition 2015 du festival de la BD d’Angoulême, ne sera pas présent en Charente…

Benjamin Chapon

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Une des rares photos de Bill Watterson, en 1986
Une des rares photos de Bill Watterson, en 1986 — C.H. PETE COPELAND/AP/SIPA

Fait rarissime au festival de la BD d’Angoulême, l’édition 2015 va se tenir sans son président, l’américain Bill Watterson. Le père de Calvin & Hobbes, premier Grand Prix d’Angoulême démocratiquement élu par les auteurs de BD, est une sorte de dieu vivant. Pendant dix ans, chaque jour, il dessina un strip des aventures du petit garçon et de son tigre en peluche. Les mots manquent pour dire toute la force de son œuvre touchante, profonde, hilarante…

Sans doute parce qu’il est en retraite anticipée depuis vingt ans, et malgré le succès phénoménal de Calvin & Hobbes, on connaît mal Bill Watterson.

1. Pourquoi ne sera-t-il pas à Angoulême?

Parce qu’il préfère les climats tempérés? Non. La légende veut que depuis qu’il a arrêté Calvin & Hobbes, le 31 décembre 1995, Bill Watterson vive en ermite à Chagrin Falls, dans l’Ohio. C’est faux. «Il refuse juste la vie publique et médiatique. Il est très structuré par rapport à ça», explique Stéphane Beaujean, qui a été en contact régulier avec lui pour préparer l’exposition que le festival lui consacre. «Rincé» par dix ans de travail quotidien sur Calvin & Hobbes, le dessinateur considère qu’il n’a rien à dire autrement que par ses dessins. «Il sera peut-être à Angoulême pour le festival, note Stéphane Beaujean. Mais s’il vient, personne ne le saura.»

2. Pourquoi n’a-t-il rien fait après Calvin & Hobbes?

Parce qu’il avait la flemme? Non. En 1995, quand il décide d’arrêter sa série en pleine gloire, il considère avoir fait le tour de la question. «Il pense avoir dit tout ce qu’il avait à dire dans ce format et avec ces personnages-là, raconte Stéphane Beaujean. Depuis, il attend un peu l’inspiration.» Avant Calvin & Hobbes, Bill Watterson a tâté du dessin de presse politique et de la caricature. Sans succès. Un jour, il a eu un déclic quand il a trouvé «la voix de Calvin. Maintenant, il attend un nouveau déclic. Je crois qu’il voudrait écrire mais il a un rapport à la création très recentré. Le retour à l’écriture est très compliqué pour lui.»

3. Pourquoi a-t-il toujours refusé les produits dérivés?

Parce qu’il rejette la société de consommation? Non. Refusant que ses personnages n’apparaissent ailleurs que dans les cases de leurs comic strips, Bill Watterson fait preuve d’une intransigeance rare. Il refuse par là même une colossale manne financière. «Calvin & Hobbes est une BD sur la subjectivité. Elle est racontée du point de vue d’un petit garçon et ne traite que de la question du regard qu’on porte sur le monde. Voilà pourquoi, pour Bill Watterson, ses personnages n’ont pas d’existence possible en dehors de la BD.»

4. Pourquoi c’est un génie

Parce qu’il a inventé le transmogrifier? Non. Même si les inventions loufoques de Calvin à base de boîtes en carton mériteraient un prix Nobel de physique, Bill Watterson est surtout connu pour avoir réinventé le comic strip. L’exposition que le festival d’Angoulême lui consacre sera l’occasion de découvrir son influence sur cet art, majeur aux Etats-Unis, de la contrainte. «Il est le premier à avoir obtenu le droit de composer ses strips comme il le souhaitait, raconte Stéphane Beaujean. Il a fait pression sur les journaux, il a même arrêté de dessiner pendant un an pour obtenir, le dimanche, de pouvoir déstructurer ses strips d’une demi-page.»

5. Pourquoi le Calvinball n’est-il pas une discipline olympique?

Parce que tout ça, c’est corruption et compagnie? Non. Le jeu inventé par Calvin possède une seule règle: chacun peut inventer les règles en temps réel. Le chaos des parties de Calvinball pourrait être très télégénique. Mais même lorsqu’il joue seul avec Hobbes, son ami-tigre imaginaire, Calvin trouve le moyen de perdre. Le Calvinball est donc à la fois un triomphe de l’ego et une mise en scène de l’échec et reste, à ce jour, le seul sport véritablement individuel au monde.