Mariage gay, «Breaking Bad», Apple ou le triathlon... Haruki Murakami répond à ses lecteurs

LITTERATURE L'auteur japonais, qui se montre très peu en public, répond depuis la semaine dernière aux questions tous azimuts de ses lecteurs sur un site Internet...

A Tokyo, Mathias Cena

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L'auteur japonais Haruki Murakami et sa femme à Prague, en 2006. Lancer le diaporama
L'auteur japonais Haruki Murakami et sa femme à Prague, en 2006. — MICHAL CIZEK / AFP

Des courses de vélo aux sans-abri parisiens, sans transition. La semaine dernière, Haruki Murakami a commencé à répondre aux questions de ses lecteurs via un site Internet. L'auteur japonais vénéré dans son pays et à l'étranger, qui est d'ordinaire très discret et accorde peu d'interviews, se prête avec enthousiasme au jeu des questions et réponses, une expérience déjà tentée en 2006.

L’écrivain prévient lui-même que devant le nombre de messages reçus, il aura du mal à répondre à tous. «Je pense que je réponds assez vite, mais à force de lire des messages, je vais sûrement finir par avoir mal aux yeux.» A ce jour, il a déjà écrit plus de 160 réponses, en japonais surtout, mais parfois aussi en anglais. 20 Minutes en a sélectionné dix.

Sa passion pour Apple

«J’utilise un Mac depuis 1991», mais aussi un iPhone, un iPad et un iPod. L’auteur ajoute qu’il aurait dépensé une fortune en produits de la marque, décrivant les années où Steve Jobs avait été écarté comme «un âge sombre», qui l’avait déprimé à l’époque.

La vie après la mort

A une lectrice de 34 ans, Murakami explique qu’il préfère reposer en paix après sa mort. «Je ne veux pas le paradis ou l’enfer, ni des bars à hôtesses», écrit-il. «Je ne veux pas être dérangé par qui que ce soit, je préfère simplement dormir, en paix. Je n’aurais rien contre des huîtres frites de temps en temps, en revanche.»

Haruki Murakami répond aux questions de ses lecteurs via un site internet. - Capture d'écran/20 MINUTES

 

Le mariage gay

Le dernier roman de Murakami, L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, dépeint une relation homosexuelle. A un lecteur qui lui demande son opinion sur le mariage homo, Murakami répond qu’il a «de nombreux amis et connaissances gays.» «Ils avaient tous l’air très heureux de se marier, j’en étais ravi, poursuit l’auteur. Du coup, je suis pour le mariage entre personnes de même sexe.»

Il n’aime pas relire ses livres

(Attention -petit- spoiler pour ceux qui n’ont pas lu 1Q84). Dans le livre, «il arrive une chose terrible à (deux personnages nommés) Ayumi et Tamaki», écrit une femme de 47 ans. «J’ai été choquée, car ce sont mon nom et celui de ma tante.» Réponse de l’auteur: «Ayumi et Tamaki? Ça ne me dit rien. Il faut dire que je ne relis pas mes livres, donc j’oublie pas mal de choses.» Dans une autre réponse, il précise qu’il oublie tout de ses romans après les avoir écrits, jusqu’à l’action, «alors s’il m’arrive de relire un livre, je le trouve très frais».

Il regarde «Breaking Bad» et «Lost»

«Mes goûts sont assez uniques, donc il vaut mieux que je ne conseille rien aux gens», écrit Murakami en réponse à un lecteur qui lui demande ses recommandations littéraires, cinématographiques et musicales. «Après, on me dit souvent "ah, c’était chiant". Mais j’ai bien aimé la série Breaking Bad. Je n’avais pas été accroché comme ça depuis Lost

«La vie d’adulte est un réceptacle»

«J’approche les 30 ans et j’ai l’impression de n’avoir rien accompli dans la vie», lui confie une jeune femme désespérée. «La vie est un réceptacle», lui répond le sage. «Ce que vous versez dedans, c’est votre responsabilité. Accomplir des choses n’a rien de facile. Petit à petit, vous mettez des choses dans le réceptacle, c’est comme cela que ça commence. D’ailleurs, à 28 ans, vous êtes à peine adulte. Ça vient de commencer.»

«Cajolez vos chats»

«Les chats sont des créatures qui disparaissent, répond-il à une lectrice dont le chat s’est enfui. Cajolez-les les tant qu’ils sont à vos côtés.»

Le prix Nobel de littérature

«Quel effet cela vous fait-il d’être cité chaque année parmi les favoris pour le prix Nobel?» demande une certaine Kanako, 36 ans. «C’est assez pénible», lâche l’écrivain dans une réponse intitulée «on n’est pas aux courses de chevaux». «Ce n’est pas comme si c’était une shortlist officielle. Ce sont juste des bookmakers qui fixent des cotes.»

Le vélo et la course

«Ces derniers temps, participez-vous à des triathlons, faites-vous des courses de vélo?» demande un homme de 49 ans à Haruki Murakami. L’écrivain de 66 ans, qui a commencé le jogging à l’âge de 33 ans, court six jours par semaine, une discipline qu’il évoque dans Autoportrait de l'auteur en coureur de fond. «En ce moment, j’ai un peu laissé de côté le triathlon, répond-il. Quant aux courses de vélo, j’ai participé au Century ride à Hawai, l’année dernière il me semble, et j’ai plié mon vélo en tombant. C’est plus facile de courir.»

Paris

Quand une lectrice lui parle de son amour pour la capitale française, Murakami est inspiré: «Ce que j’admire toujours à Paris, ce sont les sans-abri d’un certain âge, qui boivent tous du vin. A les voir, ça fait envie. Il y en a aussi qui coupent du fromage au couteau et le mettent sur du pain, ça donnerait presque envie de se joindre à eux.»