Jirô Taniguchi: «Je suis profondément attaché à la BD franco-belge»

FESTIVAL D'ANGOULEME Avant sa venue en France, Jirô Taniguchi s'exprime sur ses sources d'inspiration, son rapport au festival charentais et sur la tuerie à «Charlie Hebdo»...

Propos recueillis par Olivier Mimran

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«Elle s'appelait Tomoji» (extrait)
«Elle s'appelait Tomoji» (extrait) — ® Jirô Taniguchi & éd. Rue de Sèvres 2015

S'il est mondialement reconnu comme l'un des derniers monstres sacrés du manga, Jirô Taniguchi est également un artiste discret, qui accorde peu d'interviews. Il a néanmoins accepté de répondre à 20 Minutes, quelques jours avant d'être accueilli en tant qu'invité d'honneur au festival de la BD d'Angoulême, où l'exposition «L'homme qui rêve» sera consacrée à son œuvre.

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Vous vous êtes déjà rendu à Angoulême en 1991. Que pensez-vous de ce festival?

Il me semble que c’est une très belle manifestation, la plus importante autour de la bande dessinée. Pour moi, c’est un lieu important, car j’y ai reçu des prix et y ai rencontré de nombreux auteurs que j’admirais depuis longtemps, sans les connaître, depuis mon lointain Japon. Et puis, cette année, on me fait l’honneur d’y organiser une grande exposition retraçant mon travail depuis 40 ans.

Justement, comment le festival est-il perçu au Japon?

J'ai bien peur qu'il soit hélas très peu connu, même des professionnels.

Qu'attendez-vous de l'exposition qui vous sera consacrée à Angoulême?

Je me fais un plaisir de la découvrir et de me promener à travers diverses périodes de mon œuvre puisque c'est une exposition qui présente tant mes premiers travaux que les plus récents. J'ai hâte de voir comment l'ensemble sera mis en forme et je me dis que ce sera aussi peut-être, pour moi, l'occasion de revoir ce que j'ai fait sous un nouveau jour... et peut-être de faire des découvertes?

Votre nom apparaît chaque année dans la liste des favoris pour le Grand Prix. Si un jour vous étiez élu, quelle serait votre réaction?

Ce serait un honneur immense, bien sûr, mais je sais aussi que c’est une lourde charge…

On vous surnomme «le plus français (ou européen) des mangaka». Qu'est-ce que ça vous inspire?

Je le prends comme un honneur donc cela ne me gêne pas. Au contraire, même, car j’y vois quelque chose de mon profond attachement à la bande dessinée franco-belge et de ma reconnaissance envers tout ce que j’ai appris de cet univers, découvert à mes débuts professionnels.

Comment expliquez-vous votre succès en France?

La seule chose que je puisse répondre, c’est qu’ayant été fortement inspiré et influencé par la bande dessinée française dans mon travail d’auteur de manga, je pense que les lecteurs français ressentent -sans doute- une certaine familiarité avec mes livres, même s’ils racontent des histoires se situant au Japon.

L'édition 2015 sera endeuillée par le drame de Charlie Hebdo. En avez-vous entendu parler et quel est votre sentiment à ce propos?

J’en ai entendu parler bien sûr. Toute mort violente choque, mais comme plusieurs des victimes sont des dessinateurs, comme moi, ces assassinats m'ont encore davantage touché. Je pense qu'il ne naît rien de ce genre d'acte violent, sinon de la tristesse, de la peur. Cela ne peut que déboucher sur une impasse. Pour le moment, je ne sais quels mots mettre sur tout cela et ne peux que présenter mes condoléances aux familles, amis et collaborateurs des victimes.