Fabien Nury: «Je m'oppose à la guerre entre BD classique et nouvelle BD»

FESTIVAL D'ANGOULÊME Pour certains, le festival d'Angoulême ne promeut pas assez les scénaristes. Fabien Nury, l'un des auteurs les plus en vue du moment, bénéficiera pourtant d'une exposition...

Olivier Mimran

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Extraits de trois séries écrites par Fabien Nury
Extraits de trois séries écrites par Fabien Nury — ® F. Nury, P. Allary, S. Vallée, M. DeFrance, Merwan, F.Bedouel & éd. Glénat

Avant lui, seuls quatre «monstres sacrés» avaient eu droit au même honneur (Jacques Lob, Grand Prix de la Ville d’Angoulême 1987, mais aussi René Goscinny en 1991, Jean- Michel Charlier en 1995 et Michel Greg en 1999). Pourtant, personne ne discute la légitimité de Fabien Nury à un tel panthéon: auteur de nombreuses séries à succès depuis quinze ans (Il était une fois en France, Silas Corey, Je suis légion, L'or et le sang etc.), il s'est imposé comme l'un des ténors du médium. À quinze jours de l'ouverture du festival, «20 Minutes» a recueilli les impressions de ce faiseur de rêve.

Quinze ans qu'un scénariste n'avait plus ainsi été mis à l'honneur à Angoulême. Quel est votre sentiment ?

Je suis d'abord un peu nerveux. J'espère que ce sera réussi parce qu'une expo sur un scénariste, c'est quand même des planches tirées de ses scénarios. Donc ce qui interpelle d'abord, c'est le dessin, dont on n'est pas responsable. L'idée, c'est d'essayer de montrer le travail à l'œuvre, en fait, ce qui n'est pas forcément aussi immédiat que de belles pages. Aussi essaie-t-on de commenter les planches pour faire comprendre le travail d'écriture qu'il y a derrière. C'est loin d'être évident!

Un peu flatté, aussi?

Extrêmement! Quand j'ai regardé les noms des quatre scénaristes mythiques qui ont été exposés avant moi, je me suis dit “Waow! Mais est-ce que je suis légitime?”. Après tout, je n'ai que 38 ans et une quarantaine d'albums... Bref, c'est assez impressionnant parce qu'on appose mon nom à côté de ceux d'artistes que j'admire plus que tout.
Sinon, je suis très content que soit mis en avant le travail spécifique – par rapport à celui d'un auteur complet ou d'un dessinateur — d'un scénariste. Je sais gré au FIBD de rendre cette justice à une profession qui reste particulière.

extrait d"Il était une fois en France" (avec S. Vallée - éditions Glénat)

À quoi ressemblera cette expo ?

Il y aura des story-boards, quelques extraits de pages de scénario, et des planches (de huit dessinateurs différents) à côté desquelles il y aura une colonne de commentaires permettant d'indiquer à quels endroits telle ou telle chose a changé, évolué. Le visiteur pourra ainsi, j'espère, «entrer en cuisine». Il y aura évidemment une part d'explications techniques. On va montrer que le travail ne s'arrête pas à l'album, on montrera par exemple des recherches de couvertures etc. On proposera aussi un petit lexique rigolo, une sorte de «A à Z de Fabien Nury». En avant-première, je peux vous dire que «A» correspondra à Amorce et «Z» à Zoom (rires).

extrait de "L'or et le sang" (avec Merwan, F. Bedouel, M. De France - éd. Glénat)

À propos, comment êtes-vous devenu scénariste ?

En autodidacte. Je voulais le devenir, mais j'avais suivi des études de commerce et je bossais dans la pub. J'ai écrit tout seul dans mon coin, sur mon temps libre, et la chance m'a souri. Enfin, il y a aussi eu la rencontre avec Xavier Dorison, avec qui j'ai cosigné la série W.E.S.T qui a emporté un certain succès. Après, tout s’est enchaîné assez naturellement et relativement vite.

extrait de "Silas Corey" (avec G. Allary - éditions Glénat)

Cette reconnaissance au festival, c'est une sorte de revanche?

Pas du tout! Je me sens quand même gâté en tant que scénariste, et je ne me suis jamais senti ostracisé à Angoulême. Aucun scénariste de mes connaissances non plus, d'ailleurs. En règle générale, notre métier est reconnu. Qui n'admire pas Pierre Christin? Ou Jean Van Hamme? D'accord, ce dernier a peut-être une image d'auteur «trop commercial», mais il a quand même inventé de grands mythes populaires – à ce titre, c'est un génie!

Au-delà de ça, je considère cette exposition comme une grande chance: j'espère être un peu – momentanément- le porte-parole d'une génération d'auteurs opposés à la notion de guerre de chapelles entre «BD classique» et «nouvelle BD». La beauté de mon métier, c'est qu'on peut et qu'on doit travailler avec des dessinateurs de styles très différents, pour des récits très différents, car tout ça permet des sortes de métissages. Et le métissage, en fin de compte... c'est la vie!